Les éditions Pays et Terroirs publient en cette fin d’année 2019 un ouvrage exceptionnel rassemblant les aquarelles et les dessins de Charles Arnault (1890-1950), qui nous offrent de la ville de Cholet un panorama inédit, d’une grande qualité artistique et d’une richesse patrimoniale quasiment disparue de nos jours.

Cholet disparu(lien sur l'image vers le document de présentation)
     

À quoi ressemblait Cholet au temps des Guerres de Vendée ? Pour se l’imaginer, inutile de s’appuyer sur le décor fantaisiste de tableaux comme La mort du général Moulin, de Jules Benoît-Lévy, ou bien Henri de La Rochejaquelein à la bataille de Cholet, de Paul-Émile Boutigny. Il vaut mieux se fier au crayon et au pinceau d’un artiste qui fut aussi l’un des meilleurs historiens de la ville : Charles Arnault.

Charles Arnault, l'architecte, l'historien et l'artiste

Né en 1890, cet élève talentueux fut remarqué par ses professeurs pour son goût de l’histoire, et surtout pour celui du dessin. Il entra d’ailleurs à l’école des Beaux-Arts de Nantes en 1908, avant de poursuivre ses études à Paris. Il les interrompit durant la Grande Guerre, pour les achever en 1920 en décrochant un diplôme d’architecte. Il rentra alors à Cholet afin de s’y établir, ouvrit son cabinet et se maria.

Charles Arnaud mit à profit sa connaissance de l’architecture, sa maîtrise parfaite du dessin et de la couleur, sans oublier sa passion de l’histoire locale (1), pour étudier sa ville, coucher sur le papier les vues des vieux quartiers, des monuments emblématiques comme des plus humbles constructions, à une époque où l’expansion urbaine n’avait pas encore balayé la plus grande partie du bâti ancien.
  

Cholet disparu  
Des vestiges des Guerres de Vendée

L’intérêt de son œuvre picturale dépasse le seul cadre patrimonial choletais ; elle dévoile en effet des vestiges contemporains des Guerres de Vendée. On y découvre le couvent des Cordeliers, où le jeune Ballard propageait les idées révolutionnaires, ce qu’il paiera de sa vie (2) ; le château et ses remparts, théâtre principal de l’attaque du 14 mars 1793 ; le Pont-Vieux, que l’armée républicaine emprunta lors de la reprise de la ville le 16 octobre 1793 ; l’auberge du Dauphin, avec son escalier à double volée, qui vit passer Stofflet après sa victoire éclair du 8 mars 1794 ; l’ancienne église Saint-Pierre où officiait l’abbé Boisnault, curé insermenté de la paroisse sous la Révolution ; ou encore une vue unique du cimetière de Rambourg, position extrême que La Rochejaquelein avait atteinte au cours de la grande bataille du 17 octobre 1793.

Les Choletais eux-mêmes auront parfois de la peine à reconnaître les lieux, tant l’urbanisme de la fin du XIXe et surtout du XXe siècle les a bouleversés. La place Travot en montre un bel exemple, lorsqu’elle n’était qu’un vallon traversé par le ruisseau de Pineau. Malgré les aménagements, l’auberge du Cercueil et les maisons situées du côté du Bourg-Baudry avaient encore conservé l’aspect d’un village des Mauges. On remarquera en outre un dessin représentant le buste du général Travot à l’emplacement qui lui était réservé (ce buste se trouve désormais au Musée d’Art et d’Histoire de Cholet).

Autour de l’ancienne église Saint-Pierre coiffée de son élégante flèche d’ardoise, les quartiers aujourd'hui totalement engloutis sont encore plus difficiles à resituer : la Frairie, les Câlins avec leurs maisons de tisserands si typiques, ou encore la chapelle d’Aubigné. On ne connaissait que de médiocres esquisses de cet édifice qui comptait parmi les plus anciens de la ville ; on le découvre ici simple et charmant, dans une superbe aquarelle.

Jamais Cholet n’a connu un ouvrage d’une telle richesse iconographique. Ce recueil d’aquarelles et de dessins inédits de Charles Arnault n’invite pas seulement à une promenade dans les rues de la vieille ville ; il vous entraîne dans un véritable voyage à travers le temps. C’est là le plus bel hommage qu’on puisse rendre à ce grand défenseur de la mémoire de Cholet, à la veille du 70e anniversaire de sa disparition.
  

Cholet disparu, carnet d’aquarelles et dessins, préface de Gilles Bourdouleix, maire de Cholet ; présentation de Charles Arnault par sa petite-fille, Chantal Exertier-Arnault ; textes de Michel Lefort, Mickaël Leclerc et Jean-Christophe Mênard, éditions Pays et Terroirs, parution le 9 décembre 2019, album à l’italienne, 100 pages, grand in-8°, très nombreuses illustrations couleurs, 350 exemplaires numérotés, 30 €

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Notes :

  1. Charles Arnault publia de nombreux articles dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts et Cholet, certains concernant les Guerres de Vendée : L’invasion de la Vendée : la bataille de Torfou (1927-1928), Documents sur l’insurrection vendéenne (1933), Les souvenirs de Louise Barbier sur l’insurrection vendéenne (1937), Les batailles autour de la Tremblaie, 1793 (1941), Questions vendéennes (1945-1946-1947), etc.
  2. Le père de Charles Arnault démissionna du conseil municipal pour protester contre la démolition de ce couvent en 1912.