Le 12 mars 1793 naquit à la loge de Saint-Martin de Beaupréau le petit Louis-Maurice-Joseph d’Elbée, fils de celui qui allait devenir dès le lendemain l’un des principaux chefs de l’insurrection vendéenne. Orphelin de père et de mère en janvier 1794, le malheureux eut une enfance peu enviable.

D ElbeeLa Loge, ancien logis de d'Elbée à Saint-Martin de Beaupréau (photographie de Célestin Port, fin XIXe siècle, A.D. 49, 11 Fi 2863) et à l'arrière-plan extrait de l'acte de notoriété citant d'Elbée en date du 22 décembre 1797, A.D. 49, 94 L 10/3)
  

Unis devant Dieu le 17 novembre 1788, à La Gaubretière, Maurice-Joseph-Louis Gigost d’Elbée (1752-1794) et Marguerite-Charlotte Duhoux de Hauterive (1750-1794) eurent un premier fils né à Saint-Martin de Beaupréau le mardi 3 novembre 1789, ondoyé le lendemain, mais qui ne survécut pas (1).

Un second enfant, Louis-Maurice-Joseph, vint au monde le mardi 12 mars 1793 (2), le jour même de la grande insurrection qui allait emporter les deux parents. Je passe sur les campagnes militaires des mois suivants pour retrouver ces derniers à Noirmoutier, dans les premiers jours de janvier 1794, au lendemain de la reprise de l’île par les républicains.

Quelque temps après sa capture, le généralissime d’Elbée subit un interrogatoire. À la 6e question lui demandant qu’elle était et où était sa famille, il répondit : « Je n’ai maintenant aucuns parents en France, que la famille de ma femme. Le 18 octobre 1793, je laissai à Saint-Remi en Mauge (Saint-Rémy-en-Mauges), entre les mains de la femme Castillon (3), demeurant habituellement à Maulévrier, un fils non nommé, né le 12 mars 1793 » (4).

Jean Épois, biographe de d’Elbée, rapporte que cette nourrice prit en charge et cacha l’enfant, « l’aimant comme la chair de sa chair », quand Madame d’Elbée décida d’accompagner son mari, blessé à la bataille de Cholet le 17 octobre 1793, jusque dans son refuge de Noirmoutier (5). Il ajoute qu’elle le remit, lorsque la tourmente fut passée, au comte de Civrac, cousin de la marquise de La Rochejaquelein, qui devint son tuteur (6).

Deux actes de notoriété établis pour le fils d'Elbée en l'an VI

Or, en fouillant les papiers de la justice de paix de Beaupréau d’époque révolutionnaire (fonds 94 L aux A.D. 49), je suis tombé sur deux actes de notoriété intéressant le sort du fils d’Elbée.

Le premier document, daté du 2 nivôse an VI (22 décembre 1797), avait pour but de constater le décès des parents, à la demande du citoyen Joseph Durand, teinturier patenté demeurant à Beaupréau « au nom et comme tuteur à personne et biens de Louis-Maurice-Joseph Delbet, enfant mineur de feu Maurice-Joseph-Louis Delbet et de Marguerite-Charlotte Duhoux de Hauterive, ses père et mère », lequel a dit qu’il lui est nécessaire de constater la mort des père et mère de son pupille.

À cet effet, Joseph Durand fit comparaître devant Jean-François Paumard, juge de paix du canton de Beaupréau, « les citoyens Louis Cady, marchand patenté, Joseph Brault, journalier, Jean Gaudin, meunier, demeurant tous commune de Beaupréau, et Charles Brault, meunier, demeurant commune de Jallais, lesquels comparaissant devant nous ont dit que ledit citoyen Maurice Joseph Louis Delbet et ladite citoyenne Duhoux son épouse, ont été fait prisonniers à Noirmoutier (…) et ont été condamné à mort militairement et y ont été fusillé au commencement du mois de janvier mil sept cent quatre-vingt-quatorze (vieux style), etc. » (7).

« Leur enfant est resté sans ressources à la charge
d’une femme qui le fait vivre par charité… 
»

Le second acte de notoriété, daté du 29 ventôse an VI (19 mars 1798), apporte quelques précisions sur les personnes qui prirent soin du jeune d’Elbée. Devant Jean-François Paumard comparurent ce jour-là Louis Cady, marchand, Gilles Jean-Baptiste Musset, huissier public, René Cherbonnier, tailleur d’habits, et Jacques Menard, aubergiste, tous patentés et domiciliés commune de Beaupréau.

Ces derniers déclarèrent que « depuis la mort de Maurice-Louis-Joseph Gigost d’Elbée et sa femme, leur enfant est resté sans ressources à la charge d’une femme (Julie Castillon) qui le fait vivre par charité, parce que le peu de biens qui lui reste de son père est absorbé par les réparations ayant été incendié (sic), et lorsque les citoyens Durand et Dupas ont été nommés ses tuteurs, l’enfant était à l’abandon et sans ressources, ce qui fait qu’ils en ont accepté les fonctions par principe d’humanité et à la sollicitation des gens de bien du canton » (8).

J’ai trouvé dans un autre acte du 1er prairial an VII (20 mai 1799), conservé dans le même fonds, quelques renseignements sur les deux tuteurs : 1° Joseph-André Durand, teinturier demeurant à Beaupréau, avait 42 ans ; fils de Jean Durand et Julienne Lechat, il s’était marié avec Renée Maurille le 7 février 1786 (paroisse Notre-Dame) ; il est décédé à Beaupréau le 15 octobre 1811. 2° Nicolas Dupas, marchand, avait 33 ans ; originaire de Brissac, il était le fils de Nicolas Dupas et Jeanne de Louzier ; il est décédé à Beaupréau le 16 octobre 1806.

D’après l’abbé F. Charpentier, Louis-Maurice-Joseph étudia plus tard au Collège de Beaupréau, puis, à l’âge de 20 ans, fut « enrôlé au 3e régiment des Gardes d’honneur, qui réunit les descendants des Vendéens, à Tours, sous le commandement du général de Ségur. Il fit avec ce régiment la campagne de 1813. Nommé brigadier le 13 août, il combattit à Leipzig et prit part à la brillante charge d’Hanau (…) Renversé, foulé aux pieds des chevaux et fait prisonnier, il fut transporté, grièvement blessé, à l’hôpital de Potsdam, où il mourut, l’année suivante » (8)

AD Louis Joseph Maurice Gigost dElbeeInscription à la fin du registre de 1813 à Beaupréau, du décès de Louis-Joseph-Maurice Gigost d'Elbée, « à Potsdam, en Prusse, dans les derniers jours d'octobre mil huit cent treize » (A.D. 49, registres d'état civil de Beaupréau, NMD 1813-1817, vue 51/148).
  


Notes :

  1. L’acte d’ondoiement figure dans le registre paroissial de Saint-Martin de Beaupréau, A.D. 49, BMS 1767-1790, vue 355/377.
  2. Le registre de 1793 est perdu, mais il existe une table chronologique des naissances à Beaupréau de 1789 à l’an X.
  3. Il doit s'agir de Julie-Sophie Castillon (Maulévrier 1769 – Beaupréau 1845), fille de Pierre Castillon et de Marie Papiau. Elle se maria le 20 novembre 1798 à Beaupréau avec Pierre Delaunay.
  4. J.-J. Savary, Guerres de Vendéens et des Chouans contre la République française, rééd. Pays et Terroirs, 1993, t. III, p. 16.
  5. L’île, reconquise par Charette le 12 octobre 1793, demeurait le dernier territoire encore aux mains des insurgés après leur défaite à Cholet.
  6. Jean Épois, D’Elbée et l’Épihanie sanglante, Éditions du Choletais, 1984, p. 45. – Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, 1889, p. 432, note 2.
  7. A.D. 49, 94 L 10/3.
  8. Ibidem.
  9. F. Charpentier, D’Elbée, généralissime des armées vendéennes, 1752-1794, rééd. Pays et Terroirs, pp. 152-153.