En janvier 1797, un certain François Bouchereau, voiturier à La Chapelle-du-Genêt, se présenta devant le juge de paix du canton de Beaupréau pour attester de la disparition de deux membres de sa famille, dont son fils, capturé par les Bleus après la bataille de Savenay et fusillé alors qu’il était conduit à Nantes.

94 L 10-3Extrait de l'acte de notoriété établissant le décès de François Bouchereau fils
(A.D. 49, 94 L 10/3)
  

Originaire de Saint-Pierre-Montlimart, François Bouchereau avait épousé Marie Papin en 1771, à La Chapelle-du-Genêt. Le couple eut plusieurs enfants, dont François, né dans cette même paroisse en 1774.

Marie Papin venait de Villeneuve, où elle était née en 1750. Elle avait un frère cadet, Julien, né cinq ans après elle (1).

Voilà pour les personnes concernées, qu’on situera mieux sur le tableau généalogique ci-dessous :

Genealogie Bouchereau Papin Sur fond rouge, le fils et le beau-frère de François Bouchereau (cerclé en rouge), tous les deux disparus pendant la campagne d'outre-Loire de l'armée vendéenne
  

François Bouchereau comparut donc le 19 nivôse an V (18 janvier 1797) devant Jean-François Paumard, juge de paix du canton de Beaupréau, en présence de Gilles-Jean-Baptiste Musset, le greffier. Il leur déclara « que vu l’insurrection qui avoit eu lieu dans la Vendée, que François Bouchereau, son fils et de Marie Papin, avoit comme les autres Vendéens passé la Loire, où il a péri. De même que Julien Papin, son beau-frère est aussi mort dans la même guerre. Qu’il a intérêt de constater la mort de chacun d’eux ».

Cette déclaration fut consignée dans un acte de notoriété établi par le juge de paix (2). La suite apporte davantage de détails :

« Premièrement, que laditte Papin, épouse de lui exposant, est morte il y a sept ans » ; c’est exact, Marie Papin est décédée le 29 septembre 1787 à La Chapelle-du-Genêt, ce qu’on trouve dans le registre paroissial sans qu’il fût besoin d’établir un acte de notoriété.

« Que ledit Papin, son beau-frère, est mort à Lavalle (sic) le vingt cinq octobre mil sept cent quatre vingt treize (vieux style). » Au début de sa campagne d’outre-Loire, l’armée vendéenne se dirigea vers Laval où elle entra le 23 octobre 1793 pour reprendre des forces. Talonnée par les républicains, elle fit volte-face et les culbuta en plusieurs affrontements : au combat des landes de la Croix-Bataille dans la nuit du 24 au 25 octobre, et surtout à la grande bataille d’Entrammes le 26, achevant de mettre l’ennemi en déroute à Craon le 28. De retour à Laval, les Vendéens, qui auraient pu revenir vers la Loire sans rencontrer de résistance, prirent cependant le parti de poursuivre leur chemin vers le nord. Plus loin il est précisé que Julien Papin, « blessé d’un coup de feu à la bataille de Lavalle à la tête, y est mort ».

« Qu’enfin ledit François Bouchereau son fils est aussi mort de ses blessures entre Savenai et Nantes et ce environ deux mois après la bataille de Lavalle. » L’armée vendéenne fut en effet anéantie au cours du dernier combat de la Virée de Galerne, à Savenay, le 23 décembre 1793. Ceux qui avaient pu fuir la curée à laquelle se livrèrent les troupes républicaines se cachèrent dans les bois et les marais. S’engagea alors une véritable chasse aux « brigands » dans tout le pays. On lit d’ailleurs quelques lignes plus bas que « ledit François Bouchereau fils revint de Lavalle jusqu’entre Savenai et Nantes, dans un petit bois, y fut fait prisonnier avec quatorze à quinze autres, que la troupe les ramenant de Savenai à Nantes, il fut fusillé par la troupe qui les conduisoit ».

Ne pouvant prouver leur mort par un acte d’état civil, François Bouchereau père fit paraître trois personnes devant le juge de paix : Isidore Martin, maçon, Joseph Sourice (3), sabotier, Joseph Moreau (4), charpentier, demeurant tous les trois à La Chapelle-du-Genêt, « desquels serment pris », ont confirmé ces faits.

François Bouchereau père est décédé une décennie plus tard, le 10 décembre 1808 à La Chapelle-du-Genêt.
  

CarteLocalisation des lieux cités sur une carte du Maine-et-Loire de 1790
 


Notes :

  1. Elle avait un autre frère, Jacques, né en 1752 à Villeneuve, qui connut quelques déboires avant la Révolution. Il fut en effet arrêté, jugé et condamné à Saumur pour faux-saunage, attroupement et sédition contre les employés de la gabelle le 21 septembre 1776. On l'envoya par la chaîne d'Orléans jusqu'au bagne de Rochefort où il fut enfermé jusqu'en 1780. Son signalement indiquait : « taille 4 pieds 10 pouces, cheveux et sourcils bruns, visage ovale large du haut fort étroit du bas, yeux roux, nez gros » (source : Généanet, relevé effectué par la Bibliothèque Généalogique et d'Histoire Sociale de France).
  2. Consultable aux Archives du Maine-et-Loire sous la cote 94 L 10/3.
  3. Joseph Sourice est né à La Chapelle-du-Genêt le 1er avril 1778 ; il est décédé à Andrezé le 26 décembre 1861. Il n'a pas fait de demande de pension sous la Restauration.
  4. Joseph Moreau, né à La Chapelle-du-Genêt le 18 novembre 1778, fit toutes les campagnes de 1793 à 1815. Il passa la Loire et fut blessé à la tête lors de la bataille de Pontorson (18 novembre 1793, jour de son 15e anniversaire !). Il fit une demande de pension en 1825 (A.D. 49, 1 M 9/249).