Si la guerre civile dévasta Cholet et son industrie manufacturière, le tissage de ses mouchoirs déjà renommés au XVIIIe siècle subsista grâce aux réfugiés établis dans les villes éloignées des combats. Ce fut le cas au Mans, comme on l’a vu ici, mais aussi à Beaufort, entre Angers et Saumur.

BeaufortL'ancien couvent des Récollets, maison commune de Beaufort sous la Révolution, abrita une petite manufacture de mouchoirs de Cholet en 1794 (A.D. 49, cadastre ancien de Beaufort, 1818)
  

Cette activité destinée à occuper les réfugiés choletais qui avaient fui l’insurrection vendéenne, et leur fournir un moyen de subsistance, eut une existence éphémère. Elle dura de 1794 jusqu’à la pacification qui permit le retour dans leurs foyers de la plupart de ces exilés.

Leur présence à Beaufort et leur projet d’installation d’une manufacture de mouchoirs de Cholet sont attestés par une déclaration du conseil général de cette commune angevine, en date du « 3e jour complémentaire de l’an second de la République française » (19 septembre 1794). Ce document, une simple feuille volante, est conservé aux Archives départementales du Maine-et-Loire sous la cote 1 J 188.

Ce jour-là, sept hommes se présentèrent aux édiles beaufortais : d'une part Mathurin Benoist, Tristan Vinet, Pierre Fruchaud, François Prudhomme et Joseph Fonteneau, tous de Trémentines ; d'autre part Jean Le Seiller et Edme Godelier, de Vezins. Les communes de Trémentines et de Vezins faisaient partie du territoire de la manufacture des toiles de Cholet, qui s’étendait bien au-delà de cette seule ville.

Nous connaissons déjà les deux premiers grâce au linteau sculpté d’une maison de Cholet, portant une date en calendrier républicain, et que j’avais présenté ici. Il s’agit de Mathurin-François Benoist (1762-1831) et de Jean-Tristan Vinet (1769-1811), marchands aisés de Trémentines, beaux-frères (1), et patriotes convaincus. Les deux hommes furent d’ailleurs maires de Trémentines : le premier de 1805 à 1813 ; le second en l'an IV (2)
   

1 J 188Les signatures de quelques-uns des réfugiés choletais qui demandèrent l'autorisation d'établir une manufacture de mouchoirs de Cholet dans les bâtiments de la maison commune de Beaufort (A.D. 49, 1 J 188)
  

Ces notables choletais déclarèrent ce qui suit (orthographe respectée) :

« Nous sommes des réfugiés de la Vendée et c’est avec confiance que nous nous présentons à vous pour nous consoler de notre infortune, pour nous faciliter même les moyens d’être utiles à la chose publique. Voilà huit mois et plus que nous avons quitté nos foyers pillés et dévastés par les brigands. Usant de la faculté qui nous est donnée de nous rapprocher de nos asiles, nous désirons fixer ici et jusqu’à ce que nous puissions rentrer dans nos premières habitations, notre résidence et y établir une fabrique de mouchoirs dite de Cholet, ne pourriés vous pas nous aider dans cette entreprise, en nous cédant une portion des bâtimens de la maison commune, celle dont vous auriés le moins besoin ; nous vous le demandons au nom de l’humanité ».

Leur demande fut accueillie favorablement. L’assemblée déclara « qu’il n’est point de jouissance plus douce que celle de compatir au malheur de ses semblables » et concéda à ces réfugiés choletais « la jouissance des portions de la susdite maison commune, consistant dans les deux corps de bâtimens, l’un adossé à la salle commune et faisant face au jardin vers orient, l’autre attenant à un magasin de la d(ite) maison commune et faisant face tant au nord qu’au midi à un petit jardin qui demeure réservé pour le concierge de la municipalité ; plus le grand jardin ci-dessus désigné et les autres bâtimens et cours longeant la rue tendant à la chaussée ».
   

Couvent des Recollets de BeaufortBâtiment de l’ancien couvent des Récollets à Beaufort,
photographie de 1898 (A.D. 49, 11 Fi 2778)
   

Dans les bâtiments de l'ancien couvent des Récollets

Elle les priait en retour « de réparer ce que leur exploitation ou occupation auroit denaturé ou endommagé » lorsqu’ils auront quitté les lieux, et d’établir un procès-verbal à l’amiable avant de les occuper ; mais aussi « de laisser jouir le citoyen Chailleux, locataire du susdit jardin et de portion des d(its) bâtimens (…) jusqu’au onze brumaire prochain (1er novembre 1794), époque de la fin de son bail ».

Quand cela sera fait, les Choletais pourront exploiter les « bâtimens, cour et grand jardin par la susdite rue de la chaussée ou par la porte du jardin qui donne sur la grande rue, sans exercer aucun passage par les corridors anciennement cloîtres ou autres parties non cédées ». Ce détail permet de préciser que la maison commune de Beaufort avait été installée dans le couvent de Récollets, vidé de ses moines. Les bâtiments, qui serviront aussi de caserne de gendarmerie, puis d’école communale de filles au XIXe siècle, furent rasés (les derniers en 1898), afin de construire l’actuelle mairie.

En contrepartie, il était demandé aux Choletais une indemnité de 600 livres en quatre termes égaux à verser « à partir du premier vendémiaire prochain » (soit le 22 septembre 1794). On ignore toutefois combien de mois l’on tissa des mouchoirs de Cholet à Beaufort, sûrement pas au-delà de 1796.


Notes :

  1. Ils s’étaient mariés à Trémentines le même jour, 3 mai 1791, Mathurin-François Benoist épousant Marie-Jeanne-Modeste, la sœur de Jean-Tristan Vinet.
  2. Soit en 1795-1796 (A.D. 49, 1 L 341).