La Virée de Galerne fut désastreuse pour les familles qui accompagnèrent l’armée vendéenne dans cette longue marche de mille kilomètres jusqu’aux confins de la Normandie. Les unes furent décimées par la faim ou la maladie ; d’autres succombèrent en tombant entre les mains des républicains. Parmi les innombrables orphelins dispersés outre-Loire se trouvaient les six enfants de Mathurin Grégoire et Marie Gaboriau, un couple de Choletais.

Genealogie Gregoire GaboriauGénéalogie simplifiée de la famille Grégoire-Gaboriau (en fond rouge, les parents disparus fin 1793 pendant la Virée de Galerne ; entourés de rouge, leurs six enfants)
  

Né au May-sur-Èvre en 1749, Mathurin Grégoire était boulanger à Cholet lorsqu’il épousa à La Séguinière, en 1777, la demoiselle Marie Gaboriau, lingère de son état. Ils eurent six enfants, tous nés à Cholet, paroisse Notre-Dame : Marie-Jeanne en 1777, Jeanne-Perrine en 1778, Mathurin-Pierre en 1784, Élisabeth-Marie en 1785, Augustin et Eugène probablement en 1790-1791 (1). Le tableau généalogique ci-dessus permettra de mieux les situer.

Entraînée dans la tourmente de la guerre civile, toute la famille suivit l’armée vendéenne après sa défaite à Cholet, le 17 octobre 1793, vers la Loire et au-delà. On ne sait où les parents périrent, ni dans quelles circonstances. En revanche le sort des enfants nous est connu grâce à un acte de notoriété (2) établi par Pierre-René-Jean-Baptiste Esnault, juge de paix du canton de Cholet, le 17 frimaire an V (7 décembre 1796).

Devant lui comparurent ce jour-là :

  • Michel Gaboriau, demeurant à Mortagne ; né à Cholet en 1756, il était frère de Marie et donc oncle maternel des orphelins (indiqué sur le tableau généalogique).
  • René Gaboriau, métayer demeurant à Saint-Christophe-du-Bois ; né à La Séguinière en 1753, il était lui aussi oncle maternel des mineurs (indiqué sur le tableau généalogique).
  • René Soulard, métayer demeurant à Cholet ;
  • Michel Delahaye, époux de Marie Godineau (ils s’étaient mariés en 1785 à Jallais), demeurant à La Jubaudière, cousin germain des mineurs ;
  • Augustin-Marie Viau, aubergiste de Cholet, époux de Jeanne Baranger (ils s’étaient mariés à Cholet en 1795) ;
  • René Alain, fabricant demeurant à La Séguinière, cousin issu de germain des mineurs. Né à La Séguinière en 1757, il est le seul dans cette liste à avoir fait une demande de pension sous la Restauration ; cité comme ancien caporal de l’armée vendéenne, il a servi de 1793 à 1799 et a été blessé à la jambe droite à la bataille des Aubiers (4 novembre 1799).
      

94 L 24Extrait de l'acte de notoriété concernant les six enfants de Mathurin Grégoire et Marie Gaboriau (A.D. 49, 94 L 24)
     

« Les uns sont réfugiés au Mans, les autres à Laval,
et d’autres à Château-Gontier
… »

Ces six hommes déclarèrent au juge de paix « que Mathurin Grégoire, boulanger en cette commune (Cholet), et Marie Gaboriau sa femme, ayant passé la Loire en l’année 1793 (vieux style) et étant décédés, ils ont laissé six mineurs en bas âge, sçavoir : Marie, Jeanne, Mathurin, Élisabeth, Augustin et Eugène Grégoire ; que les uns sont réfugiés au Mans, les autres à Laval, et d’autres à Chateau Gontier ; qu’il est intéressant de leur nommer un tuteur à personnes et biens ».

Après délibération, « les dits parents ont été d’avis de nommer pour tuteur le dit Michel Gaboriau, l’un d’eux, lequel a accepté la charge », ledit tuteur s’obligeant « de rendre compte des deniers qu’il recevra suivant la loy » (3).

Cependant tous les enfants ne furent pas confiés à cet oncle seul. On lit plus loin que le citoyen Delahaye, « pour se rendre utile aux dits mineurs, offre prendre avec lui et avoir soin de l’un des mineurs nommé Eugène, sans rétribution ; et le dit Viau se charge également de l’une des filles nommée Élisabeth, sans rétribution ».

Que sont devenus ces orphelins après la Révolution ? Ils restèrent à Cholet et vécurent pour la plupart d’entre eux dans la rue Bretonnaise (4) :

  • Marie-Jeanne exerça la profession de lingère et mourut en 1853, sans s’être mariée.
  • Je n’ai pas trouvé l’acte de décès de Jeanne-Perrine, ni si elle s’était mariée.
  • Mathurin-Pierre exerça comme son père le métier de boulanger. Engagé comme soldat sous l’Empire, de 1809 à 1814, il se maria deux fois à Cholet : la première le 22 janvier 1816 avec Jeanne Fradin ; la seconde le 3 octobre 1842 avec Charme-Germinal Guibert (5). Il mourut en 1867 à Cholet.
  • Élisabeth-Marie épousa Jean Allier (ou Hallier) et mourut seulement quelques jours après son frère, en 1867 à Cholet. J’ignore où et quand elle s’est mariée.
  • Augustin n’a pas laissé de trace dans l’état civil de Cholet.
  • Eugène est décédé en 1811 à Cholet, à l’âge de 21 ans, ce qui permet de situer son année de naissance autour de 1790.
      

Memoire des hommesFiche matricule de Mathurin Grégoire fils, extraite du site Mémoire des hommes
      


Notes :

  1. L’absence de registre paroissial de Notre-Dame de Cholet au-delà de 1789 ne permet pas de connaître les dates exactes de naissance des deux derniers enfants.
  2. A.D. 49, 94 L 24. L’acte est signé par Augustin Viau, René Alain, le juge Esnault et le greffier Blandin, les autres déclarants ne sachant pas signer.
  3. La loi du 28 juin 1793 faisait obligation à la Nation de se charger des enfants abandonnés ou orphelins.
  4. C’est ce qui est indiqué dans les actes de décès de Marie-Jeanne, Mathurin-Pierre et Élisabeth-Marie.
  5. Elle était née le 11 germinal de l’an II à Orléans (31 mars 1794), le 12e jour du mois de germinal étant dédié au « charme », ce qui lui valut ses deux prénoms.