On ne trouve pas seulement des décès de Blancs dans les actes de notoriété établis après les Guerres de Vendée. Quelques Bleus y figurent aussi, comme cet ambulancier probablement tué après la bataille de Torfou.

94 L 24Extrait de l'acte de notoriété établissant le décès de Louis Gouey (A.D. 49, 94 L 24)
  

Le 8 germinal an V (28 mars 1797) comparut devant Pierre-René-Jean-Baptiste Esnault, juge de paix du canton de Cholet, un nommé Casimir Pecque, cuisinier à l’hospice militaire de Cholet, qui déclara « que le C(itoy)en Louis Gouey, cy devant infirmier de l’ambulance établie à Chollet, a été tué par les rebelles de la Vendée entre les communes de Valette et de la Chapelle Hullin » (1).

Celui-ci précisa que « s’étant approché pour venir à son secours avec quelques uns de ses camarades, ils le montèrent dans une ambulance où il expira deux heures après, qu’ils l’enterrèrent près Valette, après lui avoir ôté ses habits, que les C(itoy)ens Loiseau, Mossu et Terves, aussi infirmiers de l’ambulance, étoient avec luy, que l’impossibilité où ils étaient de faire constater la mort du d(it) Gouey ne leur permit pas de remplir cette formalité ».

Il poursuit en indiquant qu’il ignorait où étaient les trois camarades qu’il citait, mais qu’il comparaissait pour attester la vérité « et à la réclamation de la veuve Gouey qui a besoin de cette déclaration pour faire de juste réclamation » (2).

Quand peut-on situer la mort de cet ambulancier ?

Les Mémoires du général Kléber évoquent une scène dans laquelle pourrait s’inscrire la mort de Louis Gouey. Elle eut lieu le 22 septembre 1793, trois jours après la grande bataille de Torfou qui permit aux insurgés de repousser l’offensive de l’armée de Mayence :

« Dès qu’il (l’ennemi) eut enlevé ce poste (Montaigu, pris le 21 septembre par Lescure et Charette), écrit Kléber, il jeta une portion de son armée entre Remouillé et Aigrefeuille, une partie sur Torfou, et une autre sur Vallet et la Chapelle-Heulin. Encore trois heures, et toute l’armée était attaquée et enveloppée à Clisson. La rivière de Sèvre couvrait suffisamment notre gauche, nous ne nous attendions à être attaqués que par le flanc droit ; la colonne était précédée par l’ambulance, escortée par deux bataillons (3), soutenus par une division. Nous étions à peine parvenus à la hauteur du Pallet, que l’ennemi fondit sur nous avec impétuosité, et nous attaquant en tête il assouvit sa rage, que le fanatisme seul pouvait lui inspirer, sur les malheureuses victimes couvertes de blessures honorables, dont les chariots d’ambulance étaient chargés. Chirurgiens, blessés, malades et charretiers, tout fut impitoyablement massacré par ces monstres… » (4)

Tous ne succombèrent pas, car on a vu ici que le général Bonchamps serait intervenu afin d’empêcher les combattants de la division de Lyrot de s’en prendre à ces ambulances. Malheureusement trop tard pour Louis Gouey, si c'est bien là qu'il mourut.
  

CarteCarte des lieux cités
  


Notes :

  1. Vallet et La Chapelle-Heulin, dans le Vignoble nantais (voir la carte ci-dessus).
  2. A.D. 49, 94 L 24.
  3. Dont le 3e bataillon des Vosges, qui perdit son commandant nommé Desjardins (Kléber en Vendée, 1793-1794, 1907, pp. 171-172).
  4. Kléber en Vendée…, op. cit., p. 168.