En lisière du bourg du Mesnil-en-Vallée, au bord du chemin qui mène à la ferme du Chêne et au-delà vers la Loire, se dresse une surprenante croix de bois ornée de petits Sacrés-Cœurs rouges, hélas en grande partie disparus ou cassés. Sur son socle de pierre une plaque indique qu’elle fut érigée par « le vénérable curé vendéen Courgeon de la Pasnière ».

Le Mesnil-en-Vallee 3La croix du Chêne, jadis couverte de Sacrés-Cœurs, n'en conserve plus que quelques-uns…
  

Le nom de l’abbé Courgeon de La Pannière reste indéfectiblement attaché au souvenir de Bonchamps ; il fut en effet curé de La Chapelle-Saint-Florent de 1784 à 1832, aumônier de l’armée de Bonchamps en 1793, et c’est dans les bras de ce prêtre que le général vendéen expira le 18 octobre de cette année de guerre, jour funeste où l’armée vendéenne et la masse de réfugiés qui l’accompagnait franchirent la Loire pour entamer la Virée de Galerne.

L’abbé Courgeon figure d’ailleurs dans les représentations de l’agonie de Bonchamps, soutenant son général sur la barque qui les emporte outre Loire, en particulier dans les vitraux du Pin-en-Mauges ou de La Chapelle-Saint-Florent (1). Son portrait le plus fidèle (illustration ci-dessous) nous est cependant parvenu grâce à David d’Angers, qui croqua les visages de vétérans vendéens lors de l’inauguration du monument de Bonchamps à Saint-Florent-le-Vieil en juillet 1825.
  

Le Mesnil-en-ValleeLe portrait de l'abbé Courgeon par David d'Angers, et la croix du Chêne
  

Mais l’abbé Courgeon demeure également lié à la paroisse du Mesnil-en-Vallée, située sur le coteau entre Saint-Florent-le-Vieil et Montjean-sur-Loire. C’est là qu’il naquit le 1er mars 1755, et qu’il fut baptisé le lendemain. Il était le fils de Pierre-René Courgeon de La Pannière, maître chirurgien, et de Françoise Gautreau.

Chargé de la cure de La Chapelle-Saint-Florent à la fin de l’année 1784, l’abbé Courgeon refusa de prêter le serment constitutionnel en 1791, comme la grande majorité des prêtres des Mauges, et fut remplacé par un « jureur » nommé Martinet. Toutefois ce dernier ne resta pas longtemps en place, puisqu’il s’engagea parmi les volontaires du Maine-et-Loire. L’abbé Courgeon put reprendre ses fonctions en 1795, au retour de la paix.

Rétabli définitivement dans sa cure au Concordat, il la quitta en 1832 pour finir son existence à la ferme du Chêne, dans sa paroisse natale. Il y expira le 27 avril 1840, à l’âge de 85 ans.

Il nous reste de sa présence au Mesnil-en-Vallée cette croix du Chêne, que l’abbé Courgeon fit élever en 1826 (2) à l’entrée du chemin de la ferme, tournée vers la Loire. Probablement dégradée par les éléments au fil des ans, elle fut relevée le 28 septembre 1898 par Ernest Gazeau, petit-neveu de celui qui fut l’aumônier de Bonchamps.
  

Le Mesnil-en-Vallee 2La plaque posée sur le socle de la croix du Chêne

Le Mesnil-en-Vallee 1


Notes :

  1. Une exception notable : le vitrail représentant cette scène dans l’église de La Séguinière, montre l’abbé Courgeon sous les traits d’un aumônier du stalag où d'anciens prisonniers, donateurs de cette verrière, avaient été détenus pendant la Seconde Guerre mondiale.
  2. D’après Henri Boré, Les témoins muets de la Vendée Angevine, 1992, p. 172.