Restaurée en 2019, la chapelle de la Blardière possède depuis 1993, enchâssées dans le mur de son enclos, une croix et une plaque en mémoire de deux membres de la famille Berthelot, fusillés en 1793 et 1794, et de toutes les autres victimes du Marillais tuées pendant les Guerres de Vendée.

Le Marillais 1La croix et la plaque posées en 1993 dans le muret de la chapelle de la Blardière, au Marillais, près de Saint-Florent-le-Vieil
  

Cette chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette fut construite en 1870-1871 à l’initiative de l’abbé Pierre Vincent. Ce prêtre, qui fut un grand bâtisseur, était originaire du village de la Blardière, situé sur la commune du Marillais (1). Il avait entrepris ce chantier, afin de remplacer un petit ex-voto élevé par son grand-père d’après le vœu que celui-ci avait fait si son fils revenait sain et sauf de la guerre, sous l’Empire.

Après un siècle et demi, l’état de la chapelle, interdite d'accès pour des raisons de sécurité en 2014, rendait indispensables des travaux de sauvegarde. Ils furent lancés en 2019, permettant une restauration complète de l’édifice, grâce au soutien de la Fondation du Patrimoine (2). La première tranche concernait l’ensemble de la toiture et la restauration de la façade en tuffeau ; la 2e, les enduits extérieurs ; la 3e, les enduits intérieurs ; la 4e, la rénovation des vitraux.
  

Le Marillais 4Vue générale de la chapelle de la Blardière

Le Marillais 2   L'intérieur de la chapelle et la pointe de l'ancien clocheton
  

Une plaque « S.V. » sans le « S.V. » ?

En 1993, à l’occasion du Bicentenaire de l’insurrection vendéenne, un élément a été ajouté à la chapelle, dans le muret qui ceint son entrée : une croix métallique et une plaque d’ardoise sur laquelle figure l’inscription suivante :

« À Julien Berthelot, 63 ans, à son fils Julien, 37 ans, de la Blardière, fusillés en 1793. Aux victimes du Marillais massacrées pendant la guerre de Vendée pour leur fidélité à Dieu. S.V. 1993. »

L’abréviation « S.V. », qu’on trouve sur plusieurs plaques et monuments du Souvenir Vendéen (3), donne à penser que cette association était à l’origine de celui-ci. Or je n’ai trouvé aucun compte rendu de la cérémonie d’inauguration dans les numéros de la Revue parus de 1992 à 1994. Mystère…

J'ai trouvé la réponse dans un entrefilet du journal Ouest-France du 30 mars 1993. Une conférence de Jean Brochard, historien du Souvenir Vendéen, suivie de l'inauguration de la croix de la Blardière, y était annoncée pour le samedi 3 avril suivant :

Ouest-France 30 03 1993       

Les premiers fusillés du Champ des Martyrs du Marillais

Une affichette épinglée à l’intérieur de la chapelle livre un historique de cette « croix Berthelot », rédigé d’après les écrits de l’historien local, Henri Boré. La chronologie y est un peu confuse et quelques rectifications sont à noter :

Julien Berthelot (4), du village de la Blardière, avait été nommé par les gars du Marillais – quelques jours après la prise de Saint-Florent-le-Vieil, le mardi 12 mars 1793, par les paroisses voisines soulevées contre la conscription – membre d'une commission chargée d'administrer la commune du Marillais et composée de quatre membres : Julien Berthelot, de la Blardière ; Jean Couescault, de la Gourbillonnière ; Jean Allaire, du même village ; et René Vincent, de la métairie de la Baclaire.

Deux de ceux-ci, Julien Berthelot et Jean Allaire, se rendirent à Saint-Florent pour demander au commandant républicain le maintien dans la paroisse du Marillais du curé Perrichon, non assermenté (l’événement n’a pas pu avoir lieu après le 12 mars 1793, puisque tout ce que Saint-Florent-le-Vieil comptait de « patriotes » avait fui à cette date ; il doit donc être bien antérieur au soulèvement). « Nous avons, dit hardiment Berthelot, en présence de l'intrus de Saint-Florent, Vallée (5), nous avons un excellent curé en M. Perrichon et nous n'en voulons point d'autre ; et jamais nous ne souffrirons d'intrus dans la paroisse. » Et comme Vallée ne cessait de lui couper la parole, il lui dit : « Citoyen, laisse-moi dire au commandant ce que je veux lui dire, tu parleras après ».

Mais à quelques jours de là (quelques mois en réalité, étant donné que l’épisode qui suit a lieu le 8 novembre 1793), quatorze soldats républicains à cheval arrivèrent au village de la Blardière, se saisirent de Julien Berthelot, le dépouillèrent de ses habits, ne lui laissant que sa culotte et sa chemise, et l'attachèrent à la queue d'un de leurs chevaux. Il fut ainsi emmené nu-tête et pieds nus pour être fusillé. Là, deux versions sont données : d'après l'une, il aurait été conduits à Angers et fusillé le lendemain sur le Champ des Martyrs. Il y a certainement confusion avec Julien Berthelot fils (6), qui lui, fut conduit à Angers quelques jours plus tard pour être fusillé sur le champ des Martyrs d'Avrillé. D'après l'autre, il aurait été fusillé dans l'Ouche de Saint-Nicolas, l'actuel pré des Martyrs du Marillais (7).

D’après la liste chronologique des actes de l'an II, le décès de Julien Berthelot père a été enregistré au Marillais à la date du 18 brumaire an II (8 novembre 1793) ; il fut par conséquent la première victime des fusillades du Champ des Martyrs du Marillais. Une incertitude de plusieurs jours demeure toutefois, car cette liste fut établie sur déclaration de témoins en janvier 1802.

Julien Berthelot pereExtrait de la liste chronologique des décès de l'an II au Marillais. Les deux premiers actes enregistrés sont ceux concernant Julien Berthelot père et René Vincent, fusillés le 8 novembre 1793 (A.D. 49).
  

Son fils Julien fut quant à lui incarcéré à la prison de la Citadelle, à Angers, jugé le 26 germinal an II (15 avril 1794), et fusillé le lendemain à Avrillé, à l’âge de 34 ans, et non 37 comme indiqué sur la plaque. À noter que la liste chronologique de l'an II le prétend mort le 10 germinal, soit le 30 mars 1794.

Julien Berthelot filsLe décès de Julien Berthelot fils, noté au 30 mars, au lieu du 16 avril 1794 (A.D. 49)
  

Julien Berthelot (père) avait été dénoncé le 8 avril 1793, par deux misérables d'une paroisse voisine. En fait, il cachait chez lui l'abbé Beurier qui devint curé de Notre-Dame de Cholet après la Guerre de Vendée (8) ; il donnait également l'hospitalité à deux autres prêtres, à M. de Nozil et à deux autres nobles. Ils réussirent tous à s'échapper, tandis qu'on se saisissait de Berthelot.

Les quatorze soldats, partant de la Blardière, se rendirent au village de la Gourbillonnière pour se saisir de Jean Couescault. Mais celui-ci se trouvant dans son grenier les vit venir et, se laissant glisser par une croisée située sur l'arrière, gagna rapidement la campagne. Jean Allaire, du même village, ayant été averti par ses deux enfants, se sauva à toutes jambes à travers champs. Mais malheureusement, René Vincent (9), de la Baclaire, fut surpris par les soldats au moment où il sortait de chez lui, et fut emmené avec Julien Berthelot et fusillé comme lui.

La plaque commémorative omet malheureusement de citer René Vincent, qui partagea le sort de Julien Berthelot dans l’Ouche de Saint-Nicolas.
  

CarteCarte des lieux cités. À l'époque, le bourg du Marillais se situait à l'endroit connu aujourd'hui sous le nom de Notre-Dame-du-Marillais. Il s'est déplacé au XIXe siècle pour s'établir du côté de la Blardière.
   


Notes :

  1. Né au Marillais le 4 novembre 1817, il était le fils de Pierre Vincent et Marie Dalaine (qui s’étaient mariés le 13 mai 1813 au Marillais). L’abbé Vincent fut curé de La Tourlandry de 1856 jusqu’à sa mort le 30 avril 1897.
  2. On peut voir sur la page dédiée à la chapelle de la Blardière, sur le site de la Fondation du Patrimoine, plusieurs photos montrant l’état de l’édifice avant les travaux.
  3. Comme la plaque du clocher de La Gaubretière (1957), celles de l’église du Puiset-Doré et de la forêt de Leppo (1983), celle de la tombe du Dr Coubard à Cholet (2010), etc.
  4. Julien Berthelot père est né le 8 mars 1730 sur l’île Batailleuse, paroisse de Varades. Il se maria le 26 septembre 1752, au Marillais, avec Françoise-René Têtard (Le Marillais 1734 – Le Marillais 1803) dont il eut sept enfants.
  5. Antoine Vallée, chanoine régulier de l’abbaye de Saint-Georges-sur-Loire, acquis aux idées nouvelles, prêta le serment constitutionnel en 1791 et fut élu curé de Saint-Florent-le-Vieil. Comme l’évêque Pelletier, il renonça à la prêtrise le 20 novembre 1793 dans la cathédrale d’Angers.
  6. Julien Berthelot fils, né le 1er juin 1759 au Marillais, marié le 26 octobre 1784 dans la même paroisse avec Marguerite Cussonneau.
  7. Il est aussi rapporté que la fusillade se déroula dans un lieu-dit « la Fosse à Gros Cul » (sic).
  8. Célestin Port dresse un portrait peu flatteur d’Élie Beurier, vicaire de Chanzeaux « qui, en 1789, “très fâché d’être prêtre”, las même de la vie, “et de traîner sa soutane à travers champs” s’en distrayait par de bons soupers et des satires contre la noblesse ». À la lecture de ses lettres autographes conservées à la Bibliothèque d’Angers, on aurait pu croire qu’il prît le parti de la Révolution, mais il refusa de prêter le serment constitutionnel. Port l’éreinte encore en affirmant, qu’après des intrigues actives, l’abbé Beurier fut gratifié en 1802, « après tous les serments qu’on voulut », de la cure de Notre-Dame de Cholet où il mourut en 1824 (C. Port, La Vendée angevine, 1888, t. Ier, p. 140, note 3).
  9. Fils de René Vincent et Marie Belon (ou Blon), René Vincent est né le 3 mai 1754 au Marillais. Il se maria dans sa paroisse le 3 février 1779 avec Marie-Magdelaine Allaire, dont il eut deux fils.