Le découpage du département de Maine-et-Loire a suscité des débats enflammés il y a 230 ans. La province d’Anjou y a perdu une bonne part de son territoire au nord, et les prétentions des Saumurois auraient pu la couper en deux. Des réclamations se firent même entendre depuis les paroisses les plus reculées, comme à Tillières et Saint-Crespin-sur-Moine.

Carte Tillieres St-Crespin 1790     
Fixé entre décembre 1789 et janvier 1790, le tracé du nouveau département se heurta, au sud-ouest, aux « marches communes et avantagères », territoires au statut fiscal et administratif très complexes datant du Moyen-Âge, dont plusieurs parties furent rattachées au Maine-et-Loire, soit :

  • La quasi-totalité de la « marche commune d’Anjou et de Poitou », en bleu clair sur la carte ci-dessus (1) ;
  • Toute la « marche avantagère à l’Anjou sur la Bretagne », en bleu foncé sur la carte (2), dont faisaient jusqu’alors partie les paroisses de Tillières et Saint-Crespin ;
  • En revanche le Maine-et-Loire ne reçut rien de la « marche commune d’Anjou et de Bretagne » (La Remaudière et La Boissière-du-Doré), réunie au département de la Loire-Inférieure, alors que la rive droite de la Divatte (La Boissière) devait lui revenir.

Les nouvelles communes de Tillières et de Saint-Crespin furent ensuite intégrées au district de Cholet. La première fut rattachée au canton de Villedieu ; la seconde à celui de Montfaucon.

Tillières et Saint-Crespin veulent rejoindre la Loire-Inférieure

Cette situation ne plut pas du tout aux Tillièrois et aux Crespinois qui, pour s’en plaindre, adressèrent une pétition à l’Assemblée nationale constituante le 24 octobre 1790 (3) :

« Les municipalités et communes de Tilliers (sic) et de Saint-Crespin, deux paroisses limitrophes dépendantes ci-devant de la province d’Anjou, quoique de l’évêché de Nantes, ont l’honneur de vous représenter que leur intérêt le plus pressant et conséquemment le désir unanime de tous leurs citoyens sont d’être réunis au district de Clisson, département de la Loire-Inférieure. »

Les pétitionnaires exposèrent ensuite leurs motifs :

  • Les deux communes sont éloignées de 12 à 13 lieues d’Angers (soit une soixantaine de kilomètres) et de 6 lieues de Cholet (soit près de 30 km), alors qu’elles se trouvent qu’à 2 lieues de Clisson et 6 de Nantes.
  • « Les chemins de communication de ces deux paroisses avec leurs chefs-lieux de département et de district, sont absolument impraticables pendant huit mois de l’année », tandis que la grande route de Clisson à Nantes et la route de La Regrippière « sont promptes et faciles » ;
  • « Toutes les relations habituelles, les affaires de commerce de ces deux paroisses se traitent à Clisson et à Nantes. Le siège de leur évêché est à Nantes… »

Malgré le « vœu unanime de tous leurs habitants » adressé aux « augustes représentants de la Nation », cette pétition resta lettre morte ; Tillières et Saint-Crespin demeurèrent communes du Maine-et-Loire. Leur seule réunion fut celle au canton de Montfaucon-sur-Moine en février 1791, toujours au sein du district de Cholet.

Il faudra attendre quelques années pour que l’insurrection vendéenne, faisant fi des limites administratives, les rapproche enfin de Clisson au sein de la division commandée par Louis Monnier.


Notes :

  1. Le May-sur-Èvre, Bégrolles, Saint-Macaire-en-Mauges, Saint-André-de-la-Marche (ce qui explique le nom de cette commune), une partie de La Séguinière, Roussay, La Romagne, Montigné-sur-Moine, Torfou, Le Longeron (sauf l'Enclave), Saint-Christophe-du-Bois, Le Petit Cholet et La Tessoualle. Évrunes, Saint-Hilaire-de-Mortagne et l’Enclave du Longeron (au sud de la Sèvre) furent rattachés au département de la Vendée ; Le Puy-Saint-Bonnet et Saint-Pierre-des-Échaubrognes à celui des Deux-Sèvres. Jusqu'à 1790, cette « marche commune » relevait du diocèse de Maillezais, puis de La Rochelle (à l'exception de Saint-Macaire qui appartenait au « territoire exempt de Saint-Florent-le-Vieil », relevant directement du Pape).
  2. Elle se composait de deux entités. Au nord : Champtoceaux, La Varenne, Drain, Liré, Saint-Sauveur-de-Landemont, Landemont, Saint-Laurent-des-Autels, Le Fuilet et Saint-Christophe-la-Couperie. Au sud : Tillières, Saint-Crespin-sur-Moine, Montfaucon-sur-Moine et La Renaudière. Jusqu'à 1790, cette marche relevait du diocèse de Nantes.
  3. A.D. 49, L 441. Félix Uzureau, Pourquoi Tilliers et Saint-Crespin voulaient faire partie de la Loire-Inférieure (1790), L’Anjou historique, 1936, pp. 91-92.