C’est l’un des sites emblématiques des Guerres de Vendée. Dominant au nord la ville des Herbiers, le Mont des Alouettes arbore tous les symboles de 1793, moulins, chapelle et croix, protégé sur ses flancs par des arpents de bois et de landes. À son sommet cependant, un terrain vague faisant office de parking gâchait la vue d’ensemble. Un grand projet de réaménagement va bientôt tout embellir.

Le Mont des Alouettes 2Le « Moulin de la Galette » et la chapelle des Alouettes
  

La municipalité des Herbiers a voté à l’unanimité, le 2 février dernier, un projet de remise en valeur du Mont des Alouettes. Le terrain vague sur lequel les véhicules stationnent depuis des années de manière anarchique, va faire place à une vaste étendue d’herbe traversée par un chemin piétonnier qui permettra d’aller d'un nouveau parking paysager, aménagé près du restaurant, jusqu’aux moulins (voir le plan ci-dessous).

Le projet inclut d’ailleurs la restauration des deux moulins situés près de la route ; leurs enduits lépreux vont être entièrement refaits. D’autre part, le moulin dit « de la Galette », celui qui offrait tous les étés des démonstrations de meunerie aux nombreux touristes de passage et qui a fermé en 2018 en raison de l’état de sa charpente, va bénéficier de travaux de rénovation de ses ailes.

Le chantier se déroulera en deux phases : la restauration des moulins au printemps, afin que les touristes puissent en profiter cet été ; puis la réalisation du nouveau parking et des espaces végétalisés à l’automne. Le coût annoncé s’élève à 300.000 €. On a hâte de voir le résultat !
  

Projet Mont des AlouettesLe projet de réaménagement du Mont des Alouettes, extrait du magazine municipal des Herbiers n°212, mars 2020, pp. 4-5

Le Mont des AlouettesVue actuelle du site
  

Le Mont des Alouettes et les Guerres de Vendée

Si aucune bataille mémorable n’a eu lieu sur cette colline, hormis quelques échauffourées en 1794 (1), l’image du Mont des Alouettes reste indéfectiblement liée à l’insurrection vendéenne, grâce à ses moulins auxquels la tradition orale attache des récits transmis de génération en génération.

On raconte ainsi que les sept moulins des Alouettes auraient servi de sémaphores aux Vendéens, la position de leurs ailes alertant en cas de danger ou de rassemblement. La plupart des historiens s’en font l’écho, mais aucun n’a jamais pris la peine de citer un seul document contemporain qui confirmerait ce langage codé.

La correspondance des militaires républicains évoque certes fréquemment la destruction de moulins en 1793 et 1794 (2), mais uniquement parce que ceux-ci fournissaient des subsistances aux « brigands », et non un moyen de communication.

J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé la mention d’un langage des moulins qu’à partir de 1851, simultanément chez Pitre-Chevalier et Crétineau-Joly :

  • Pour le premier : « Les Vendéens avaient organisé une correspondance télégraphique au sommet de toutes les hauteurs, de tous les moulins et de tous les grands arbres de leur pays (…) La disposition des ailes de moulins avait aussi son langage. Ceux de la montagne des Alouettes, près les Herbiers, étaient consultés à toute heure par les divisions du Centre » (3).
      
  • Pour le second : « Ils (les Vendéens) avaient organisé une espèce de ligne télégraphique (…) Les ailes des moulins à vent étaient encore pour eux un moyen de correspondance aérienne. Le plateau des Alouettes, qui domine la ville des Herbiers, et d’où la vue se prolonge sur les deux bassins de la Loire et de la Sèvre nantaise, est célèbre dans les souvenirs des paysans par les signaux que ses moulins firent passer aux divisions tenant la campagne » (4).
      

Les 7 moulins des AlouettesLes sept moulins des Alouettes au début du XXe siècle
  

Un autre récit digne des veillées a cours chez certains auteurs : à l’époque des Colonnes infernales, c’est-à-dire au début de l’année 1794, des gars de Chambretaud et de La Gaubretière auraient surpris dix Bleus égarés sur la route de Mortagne aux Herbiers. Un nommé Gourraud, de La Gaubretière, aurait alors proposé de les pendre aux ailes des moulins des Alouettes en les liant de manière à ce que leur tête heurte le sol à chaque tour. Henri Bourgeois est le seul auteur à évoquer un tel supplice dans La Vendée historique de 1910. On peut douter toutefois qu’il ait jamais eu lieu, car les moulins des Alouettes furent incendiés à la mi-octobre 1793, lorsque l’armée de Luçon, commandée par le général Bard, investit Les Herbiers avant de poursuivre sa marche vers Mortagne et Cholet.

Le dernier épisode, bien réel celui-ci, vit la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, monter aux Alouettes le 18 septembre 1823. Toute la Vendée était présente pour l’accueillir, le général de Sapinaud et de nombreux officiers, entourés par 15.000 anciens combattants portant leurs fusils, leurs fourches et leurs faux avec lesquels ils avaient remporté tant de victoires. C’est ce jour-là qu’on décida d’ériger une chapelle afin de « perpétuer le souvenir d’une époque à jamais mémorable ». La première pierre fut posée deux ans après, jour pour jour (5), mais la révolution de 1830 interrompit le projet de construction. Il faudra attendre 1968 pour que le Souvenir Vendéen parvienne à achever l’édifice (6).
  

1793 La Vendee fideleLe linteau de la chapelle des Alouettes
  


Notes :

  1. Après sa marche de Mortagne à Saint-Fulgent, le général Duquesnoy rapporte, le 22 janvier 1794, qu’il lui « a fallu débusquer l’ennemi posté à deux ou trois points différents, principalement un poste qui était à la montagne dite des Alouettes » (J.-J. Savary, Guerres de Vendéens et des Chouans contre la République française, t. III, p. 223).
  2. Comme le général Grignon, le 29 janvier 1794 : « J’ai recommandé de détruire tous les moulins à eau et à vent, c’est le moyen d’ôter les subsistances à ceux qui peuvent nous échapper » (J.-J. Savary, op. cit., t. III, p. 99).
  3. Pitre-Chevalier, Histoire des guerres de la Vendée, 1851, p. 383. 
  4. Jacques Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, 1851, pp. 93-84.
  5. Certains auteurs affirment que la duchesse de Berry, bru de Charles X et future égérie de la dernière guerre de Vendée, serait venue à son tour lors de son périple de 1828. Or, si elle est bien passée aux Herbiers, elle n’a jamais fait étape au Mont des Alouettes.
  6. 1968-2018, 50e anniversaire de l’achèvement de la chapelle des Alouettes. Les Alouettes, haut lieu de la Vendée militaire, 2018, Souvenir Vendéen.