Bâtie il y a près de mille ans, l’ancienne église Saint-Nicolas de Tiffauges a survécu aux vicissitudes d’une l’histoire mouvementée. Incendiée pendant les Guerres de Vendée, elle vit sa paroisse supprimée et fut vendue à des particuliers. Faute d’entretien l’édifice menace ruine aujourd’hui.

TiffaugesL'ancienne église Saint-Nicolas de Tiffauges
  

La plupart des touristes qui visitent le château de Tiffauges ignorent qu’ils passent à côté de l’une des plus anciennes églises de Vendée. Construite au XIe siècle, elle conserve dans ses voûtes datant du XIIe siècle les formes primitives de ce qui deviendra le gothique Plantagenêt.

De sa longue histoire, dont on peut suivre le cours tumultueux dans les Chroniques paroissiales du diocèse de Luçon (1), je n’évoquerai que quelques événements liés à la Révolution, période pour laquelle l’abbé Aillery a puisé abondamment dans le Journal de ce qui s’est passé à Tiffauges de 1789 au 12 mars 1793, rédigé par René-Augustin-Guy Guerry (2).

Il y avait deux paroisses à l’époque, Notre-Dame et Saint-Nicolas. La première avait pour curé René Chevallier, qui refusa le serment constitutionnel et s’embarqua aux Sables-d’Olonne pour l’Espagne le 10 septembre 1792. La seconde était administrée par l’abbé André Thomas, qui refusa lui aussi de prêter serment, s’exila en Espagne le 4 octobre 1792 et mourut en exil ; son vicaire, Antoine Robin, fit de même, s’embarqua aux Sables pour l’Espagne le 11 septembre 1792, mais put rentrer en Vendée après la Révolution.
  

Saint-Nicolas de TiffaugesRuines du château de Tiffauges et église Saint-Nicolas,
par Octave de Rochebrune, 1869 (BnF)

   

Les deux cloches de Saint-Nicolas de Tiffauges

L’agitation révolutionnaire était entretenue à Tiffauges par Charles Servanteau, un noble qui vivait au château de l’Échasserie. Le 11 juillet 1791, celui-ci vint avec une bande d’hommes en armes briser à coups de hache les bancs seigneuriaux des deux églises de Tiffauges. En octobre de la même année, on installa avec un renfort de soldats le nouveau curé constitutionnel, le sieur Benestreau, après avoir chassé les insermentés. Le 16 avril 1692, une soixantaine de gardes nationaux passa à Tiffauges et se signala notamment en brisant les armoiries en bois sculpté au plafond de l’église Saint-Nicolas. Huit jours après, le « jureur » Benestreau en fit fermer les portes. « Le maire, Esprit Chupin, en écharpe, suivi de ses hommes armés, entra dans l’église, la dépouilla de tous ses ornements et emporta même jusqu’aux battants des deux cloches » (3).

Ces dernières disparurent quelque temps plus tard, au cours de la guerre civile. On raconte qu’un jour où l’alarme fut jetée à l’approche des Bleus, des paroissiens de Saint-Nicolas descendirent les deux cloches pour les soustraire à l’ennemi. La tradition rapporte qu’elles auraient été jetées dans les douves du château, ce qui aurait été compliqué compte tenu du poids des objets et de la distance à parcourir. Il est plus vraisemblable qu’elles aient été cachées dans le puits situé dans l’église. Il n’a encore jamais été fouillé…

Tiffauges 11Le clocher de Saint-Nicolas
  

Après la suppression de la paroisse Saint-Nicolas réunie à celle de Notre-Dame (4), l’église fut vendue nationalement à la famille Rigaudeau. Elle a finalement été rachetée par la commune qui souhaite la restaurer en urgence. La Fondation du Patrimoine a d’ailleurs lancé une collecte de fonds pour ce projet de sauvegarde.
  


Notes :

  1. En ligne sur le site des Archives de la Vendée.
  2. Ancien sénéchal de Tiffauges, il fut élu maire de la commune en 1790, démissionnaire l’année suivante en raison de son hostilité à la Constitution civile du clergé. Il fut un adversaire déclaré des « patriotes », un promoteur de l’insurrection de mars 1793. Désigné par d’Elbée le 8 avril 1793 pour une mission en Angleterre, il fut capturé à la fin du mois lors de la reprise de l’île par les Bleus, expédié à Nantes, mais il s’échappa avant d’être jugé. Les circonstances de sa mort restent incertaines.
  3. Abbé Aillery, Chroniques paroissiales du diocèse de Luçon, Tiffauges, p. 322.
  4. L'ancienne église Notre-Dame de Tiffauges, qui avait l'aspect des églises romanes du Haut-Bocage avec leur clocher carré caractérisé par un toit à quatre pans couvert de tuiles (comme on en voit aux Herbiers et à La Pommeraie-sur-Sèvre), fut reconstruite de 1856 à 1866 dans le style néo-gothique.
      

Quelques photos de ma visite de ce jour à Saint-Nicolas de Tiffauges :

Tiffauges 1Vue depuis la rue du Donjon

Tiffauges 2La nef et ses voûtes soutenues par des renforts de bois

Tiffauges 3

Tiffauges 4

Tiffauges 5Chapiteaux sculptés dans la nef

Tiffauges 6Vestiges de polychromie dans une baie de la nef

Tiffauges 7Dans le chœur de l'église

Tiffauges 8

Tiffauges 9Le nef occidentale, autrefois transformée en garage (propriété privée)

Tiffauges 10Vue de l'église côté nord (accès privé)

Tiffauges 12Panorama sur le château de Tiffauges

Tiffauges 13Les baies de la nef, côté nord (accès privé)

Tiffauges 14La façace occidentale (accès privé)