La correspondance militaire des républicains est parfois déroutante. Basées essentiellement sur les cartes de Cassini, les retranscriptions des lieux-dits peuvent prêter à confusion, comme on le voit dans la marche de l’adjudant général Dusirat à la mi-mai 1794.

SavaryRapport de Dusirat à Turreau le 18 mai 1794 (Savary, t. III, p. 496)
  

Toujours à la poursuite de la colonne de Dusirat, j’ai relevé dans les rapports de son commandant deux cantonnements qui posent problème quant à leur localisation : « Goulaine » et « la lande Bambèche ». C’est ainsi que Savary a retranscrit ces toponymes, mais on ne peut guère lui en vouloir, car le rédacteur du Tableau des opérations de l’armée de l’Ouest (1) en a fait de même.

Si le lecteur situe les communes de Haute et Basse-Goulaine sans difficulté à la confluence de la Loire et de la Sèvre nantaise, bien que cela semble incohérent dans la marche de Dusirat, il peinera en revanche à trouver une lande Bambèche, totalement absente de toutes les cartes et plans cadastraux disponibles.
  

Goulaine et la lande BambecheMarche de la colonne de Dusirat à la mi-mai 1794
  

Reprenons les indications données par l’adjudant général Dusirat dans ses rapports au général en chef Turreau. Quittant son camp de La Tessoualle le 7 mai 1794, sa colonne a traversé la forêt de Vezins pour venir s’établir à Coron. Après plusieurs jours marqués par des échauffourées avec les « brigands » et des sorties dans les environs (2), il se propose de se rendre le 15 à Saint-Florent-le-Vieil, puis de parcourir la rive gauche de la Loire avant de prendre position près de Vallet (3).

Passant par Beaupréau le 15 mai, la colonne de Dusirat vient bivouaquer à « Goulaine, près Saint-Florent » (3) et de là va attaquer les « brigands » de Stofflet du côté de Botz-en-Mauges. Son commandant rapporte d’autre part qu’il a fait rétablir un pont au Marillais pour passer l’Èvre. Impossible de concevoir ce genre d’opération si le camp s’était trouvé à Goulaine, soit à une quarantaine de kilomètres de distance. Il s’agit en réalité de Coulaines, un gué sur l’Èvre, entre Saint-Florent-le-Vieil et La Chapelle-Saint-Florent.

Les jours suivants, Dusirat suit le plan de sa marche. Il écrit le 18 depuis son « camp de la lande Bambèche » (4) : « Je n’ai point rencontré de brigands sur la rive gauche de la Loire, je me propose de camper demain près le Loroux. Mes soldats sont ivres du matin au soir, et depuis mon passage au Marillais j’ai été obligé de faire enfoncer deux mille pièces de vin ».

Selon toute vraisemblance, la mystérieuse « lande Bambèche » se situe donc dans la région entre Champtoceaux et Le Loroux-Bottereau. Étant donné que Dusirat est parti de Coulaine, sur l’Èvre, et a marché une journée sur la rive gauche de la Loire, le seul lieu qui pourrait correspondre serait la lande de Barbechat, « près le Loroux » (6). Il a suffi d’un « r » mal interprété sur la carte de Cassini pour rendre le mot incompréhensible.
  


Notes :

  1. A.D. 49, SHD B 5/10-1.
  2. Il écrit par exemple qu’il a fini d’incendier Yzernay le 10 mai 1794.
  3. J.-J. Savary, Guerres de Vendéens et des Chouans contre la République française, t. III, p. 487.
  4. Ibidem, p. 492.
  5. Ibidem, p. 496.
  6. L’original a disparu, mais les Archives de la Défense en conservent le bulletin analytique (SHD B 5/9-14) qui indique « près le village le Roux », ce que Savary a cette fois bien traduit par « le Loroux ».