L’accès gratuit de la presse régionale en ces temps de confinement a du bon. En rendant librement consultables ses anciens numéros, le journal Ouest-France fait ainsi ressurgir plus d'un demi-siècle d’histoire locale, ce qui ne peut qu'intéresser la mémoire vendéenne.

OF 12 07 1993 CholetArticle de Ouest-France, 12 juillet 1993
  

Ce fonds documentaire rassemble notamment de nombreux articles relatant des manifestations liées aux Guerres de Vendée, comme des inaugurations de plaques ou de monuments commémoratifs, des sorties d’associations, des spectacles, etc., avec une couverture très large dans les années 1950-1980, et un pic d’actualité lors du Bicentenaire de 1993.

On y retrouve par exemple, pour ceux qui l’ont connu, le compte rendu du spectacle musical créé par Damien Raveleau, intitulé « Peuple de géants », qui fut joué le mercredi 14 et le samedi 17 juillet 1993 au théâtre de verdure de Ribou, près du Musée paysan de Cholet, « autour d’un héros de cette époque : le chêne de la Goubaudière ».

« Il est le seul témoin vivant de cette période troublée, lit-on dans l'article de Ouest-France en date du 7 juillet 1993. Le vieux chêne de la Goubaudière a 300 ans. Par la bouche de Jacques Raveleau, il va raconter son histoire (…) La Goubaudière est aussi un lieu historique. L’endroit fut le refuge des prêtres réfractaires de l’église Saint-Pierre de Cholet. Les habitants de la ferme y furent fusillés par l’une des colonnes infernales qui cherchait Stofflet… » (1).

Que dit l'histoire de ce refuge et de ce massacre à la Goubaudière ?

Le refuge des prêtres de Saint-Pierre de Cholet

L’abbé Boinaud (2), curé insermenté de la paroisse Saint-Pierre de Cholet, était rentré dans la clandestinité à la mi-octobre 1793, lorsque les armées républicaines investirent la ville avant d’y battre les Vendéens le 17. D’après le Docteur Charles Coubard, « un de ses principaux ports d'attache était la métairie de la Goubaudière. Posée sur un de ces coteaux escarpés qui dominent le Trézon (3), à l'écart des lieux de passage, n'ayant pour voies d'accès que de profonds chemins creux, où les colonnes républicaines n'osaient guère s'aventurer, la Goubaudière paraissait un asile à peu près sûr.

Ce fut là et dans quelques autres refuges de même genre que, pendant une dizaine de mois, le curé de St-Pierre, proscrit et traqué, prodigua comme il put les consolations de son ministère à la poignée de paroissiens, proscrits et traqués comme lui, qui restaient encore à Cholet. Dans quelque salle de ferme soigneusement close, en pleine nuit, cependant que quelques paysans demeuraient “à la guette”, à la virée des chemins, M. Boinaud célébrait la messe, baptisait les nouveau-nés, administrait des mourants… » (4)

L’abbé Boisdron, l’un de ses deux vicaires, vint quant à lui se cacher dans la maison du meunier de la Goubaudière. Un jour survinrent des gardes nationaux et des « roussillons » (5) qui le cherchaient. « À leur vue, la meunière jette un cri d’alarme, M. Boisdron court se réfugier dans le moulin à eau qui est proche ; il grimpe sous la toiture et se tient debout, collé à une pièce de charpente. Les Patriotes entrent dans le moulin, cherchent partout, et n’ont pas l’idée de regarder au-dessus de leur tête » (6).

Louise Barbier rapporte enfin dans ses Souvenirs qu’elle alla une fois à la messe à la ferme de la Goubaudière : « C'était le mariage de Viaud, l'hôtelier de la Croix-Blanche, un de nos amis (7). Rien n'était si triste que ces cérémonies lugubres. L'autel était dressé sur une table éclairée par deux lumières qui laissaient le reste de la pièce dans l'obscurité, Les prières étaient dites à voix basses et toujours avec la crainte d'être surpris. Puis, nous nous en revenions tous, les uns après les autres par des chemins détournés, avant le jour. Beaucoup de personnes y furent enterrées. Le cimetière existe toujours ; le fermier n'a pas voulu y toucher et le laisse inculte » (8).
  

CarteLocalisation sur une carte d'état-major du XIXe siècle de la ferme (n°1) et du moulin (n°2) de la Goubaudière au bord de la Moine (l'actuel lac de Ribou a été créé au XXe siècle), au sud-est de Cholet. Le lieu-dit n'est pas indiqué sur la carte de Cassini.
   

Le massacre de la Goubaudière

C’est à nouveau l’abbé Boinaud qui nous renseigne sur la fusillade des habitants de la ferme par des soldats républicains. Son registre paroissial clandestin contient en effet le nom de « Jeanne Tisseau, fille de défunt Jean Tisseau, laboureur, et de défunte Marie Boussion de la Goubauguierre (sic), âgée de trente six ans, a été massacrée che(z) elle le six avril dernier (1794) » (9).

Les parents de Jeanne étaient tous les deux morts en 1793, toujours d’après le même registre : Jean Tisseau le 30 avril, à l’âge de 65 ans (10) ; Marie Boussion le 19 octobre, à l’âge de 68 ans (11). Ils s’étaient mariés à Mazières-en-Mauges le 25 juin 1753. Plusieurs de leurs enfants, comme Renée-Modeste (1756-1850) et Monique-Agathe (1763-1855), ont cependant survécu à la Révolution (12).

Y eut-il d’autres victimes du massacre du 6 avril 1794 ? Il faut revenir aux archives de Ouest-France pour apprendre, dans le numéro du 10 avril 1993, qu’avec Jeanne Tisseau, « une femme noble réfugiée à la Goubaudière avec son enfant, ainsi que le valet furent assassinés ». Hélas, on ignore leurs noms…

Jeanne TisseauMention du décès de Jeanne Tisseau, massacrée à la Goubaudière le 6 avril 1794, dans le registre clandestin de l'abbé Boinaud (A.D. 49)
  


Notes :

  1. Ouest-France, 12 juillet 1993, édition de Cholet.
  2. Lire sa notice biographique en note 1 de cet article.
  3. Ruisseau qui se jette dans la Moine près de la Goubaudière.
  4. Charles Coubard, La Guerre de Vendée. Cholet, 1793-1794, Éditions du Choletais, 1992, p. 84.
  5. Soldats de l’ancien régiment Royal-Roussillon, devenu le 11e régiment de cavalerie, cantonnés aux Gardes avant le soulèvement vendéen.
  6. F. Deniau, Histoire de la Vendée, t. Ier, p. 208, anecdote recueillie auprès de M. Beaufreton, ancien curé de La Tessoualle et neveu de M. Boisdron
  7. Augustin-Marie Viaud (ou Viault), marié par l’abbé Boisdron à Cholet, le 9 septembre 1795, avec Jeanne Baranger. Il était aubergiste, place Saint-Pierre, comme on le voit encore sur son acte de décès à Cholet, en date du 1er août 1857.
  8. Les Souvenirs de Louis Barbier sur l’insurrection vendéenne, publiés par Charles Arnault dans le Bulletin de la S.L.A. de Cholet, 1937, p. 288
  9. A.D. 49, état civil de Cholet, Décès 1793-1797, vue 137/377 ; Jeanne Tisseau était née à Mazières-en-Mauges le 23 mars 1758.
  10. Il avait fourni « deux bœufs pour la nourriture des soldats de l’armée catholique et royale, estimés la somme de 600 livres » (L’Anjou historique, 1935, p. 22).
  11. A.D. 49, état civil de Cholet, Décès 1793-1797, vue 115/377.
  12. Renée-Modeste est décédée le 28 mars 1850 à la métairie de la Goubaudière.