On connaît le goût prononcé et l'imagination fertile des Chouans en matière de surnoms : Brise-Bleu, Dur-au-Feu, Goule-de-Mouette, Mont-à-l’Assaut, Brin-d’Amour, Galope-la-Frime, Chasse-Bleu, Signe-de-Croix, Pourleroy… la liste est très longue. Quelques chefs vendéens les ont inspirés, mais curieusement c’est Charette qui avait leur faveur.

Lardiere dit Charette(A.D. 85, SHD XU 36-1)
  

Il ne devait pas être simple de s’y retrouver parmi tous les combattants dits « Charette » au sein de l’armée de Haute-Bretagne et du Bas-Anjou ou chez les Chouans mayennais. En voici quelques-uns :

Jean Madiot dit Charette est cité en 1815 comme lieutenant dans le 3e bataillon, de la 2e division de l’armée de d’Andigné, qui opérait entre Loire et Vilaine, jusqu’au nord Segréen (1). Il fit en 1825 une demande de pension dans laquelle on apprend qu’il est né  en 1768 à Bouillé-Ménard, canton de Pouancé (Maine-et-Loire), et qui « a fait les campagnes des années 1795-1796 à l’armée royale de Haute Bretagne et Bas Anjou sous les ordres de monsieur le Comte de Châtillon » (2).

Pierre Pasquier dit Charette fut capitaine du Lion-d’Angers de 1793 à 1800 et pendant les Cent-Jours, d’après un document daté du quartier général de Pouancé le 24 mai 1815 (3). Trois hommes dénommés Pierre Pasquier adressèrent des demandes de secours sous la Restauration : le premier est trop jeune pour avoir servi en 1793 ; le 2e, closier à Angrie en 1825, est né à Saint-Sigismond en 1769, a servi comme simple soldat sous les ordres de Bonchamps en 1793, de Scépeaux en 1794, de Châtillon et Bourmont en 1796 ; le dit Charette doit être le 3e, né à Thorigné-d’Anjou, il a fait la guerre de 1793 et la Virée de Galerne, a servi ensuite sous les ordres de Coquereau, de Gaullier, du capitaine Pimousse (4), et officia comme commissaire aux vivres.

Louis Bourgeollet dit Charette est né en 1771 à Denazé, a servi comme capitaine de la compagnie de Denazé, division de Craon, de 1793 à 1796, et à nouveau en 1799 (5). Ce « Bourgeolais dit Charette » est cité parmi « les chefs de la première heure », avec Lecomte, Hamard, Ferré, Houssin dit la Pie, Saudreau dit Carabine, Allard dit Condé, etc. (6).

D’autres n’apportent que peu de renseignements quant à leur identité ou leurs faits d’armes, comme Angot dit Charette, originaire de La Chapelle-au-Riboul (Mayenne), qui a servi sous les ordres de Le Métayer dit Rochambeau dans la division de La Chapelle-au-Riboul pendant la première guerre et recrutait encore fin 1798 (7) ; ou encore Pierre Hardouin dit Charette, cité comme chef chouan du canton de Chemazé (8).

Chez les Chouans du Morbihan, on trouve Michel Le Crom surnommé Charette, frère de Jean dit Bon-Ami qui fut fusillé à Baud le 20 mai 1801 (9). Il était né en 1767 à Guénin (Morbihan), et y mourut en 1840.

Et chez les Vendéens au sud de la Loire ?

J’en ai trouvé deux dans les listes des demandes de secours :

Joseph Lardière dit Charette, né en 1778 à Vue, a fait comme soldat toutes les campagnes du général Sapinaud de 1793 à 1796, comme fusilier et cavalier, et a repris les armes en 1815 ; il fut blessé d’un coup de sabre et estropié (10). Il demeura en Vendée après la guerre puisqu’il se maria à Chambretaud en 1803 avec Jeanne Raveleau, et mourut aux Herbiers en 1850.

Simon dit Charette était journalier à Longeville-sur-Mer en 1816, âgé de 46 ans. Sa demande indique qu’il servit comme cavalier, et qu’il fut blessé de plusieurs coups de sabre au coude et à la tête (11). L’absence de prénom rend son identification difficile.


Notes :

  1. J. Crétineau-Joly, Histoire de la Vendée militaire, t. V, p. 150.
  2. A.D. 49, 1 M 9/249.
  3. Mémoires de l'Académie des Sciences, belles-Lettres et Arts d’Angers, 1899, p. 336.
  4. Surnom de François-Jacques Logerais, capitaine de paroisse de Marigné (Hubert La Marle, Dictionnaire des Chouans de la Mayenne, 2005, p. 123).
  5. La Marle, op. cit., p. 35.
  6. Pierre Jamet, Les Chouans de la Basse-Mayenne, 2e partie, division de Craon, Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne, 1913, p. 89.
  7. La Marle, op. cit., p. 17.
  8. La Marle, op. cit., p. 92.
  9. Émile Sageret, Le Morbihan et la Chouannerie morbihannaise sous le Consulat, 1912, p. 499.
  10. A.D. 85, SHD XU 36-1.
  11. A.D. 85, SHD XU 33-2.