Le Musée d’Art et d’Histoire de Cholet expose dans sa galerie dédiée aux Guerres de Vendée un tableau de Félix Parmentier, Incendie d’une chapelle en Vendée, qui évoque, d’après le cartel, un épisode semblable situé à Saint-Sulpice-le-Verdon en 1794.

Incendie d'une chapelle 1Détail du tableau de Félix Parmentier,
Incendie d'une chapelle en Vendée (Salon de 1864)
  

Cette huile sur toile passa inaperçue au Salon de 1864. Les critiques de cet événement artistique annuel l’ignorent complètement. Il est vrai que ses qualités picturales ne pesaient guère face au tableau de Louis Duveau, la Messe en mer (illustration ci-dessous) ou celui d’Eugène-Louis Charpentier, Derniers moments de Bonchamps, général de l’armée vendéenne, 18 octobre 1793, parmi les œuvres présentées à ce même Salon.

Le tableau de Parmentier appartint d’abord à un collectionneur privé (M. Lechalard), puis fut donné en 1898 au musée Tavet-Delacour de Pontoise. Un siècle plus tard, en 1989, il fut mis en dépôt au Musée de Cholet, où l'on peut le voir aujourd’hui (1).
  

Messe en merLa Messe en mer, par Louis Duveau (Salon de 1864),
Musée des Beaux-Arts de Rennes

      

Le peintre

Fils d’un commissaire-priseur, Marie-Félix Parmentier naquit à Paris (8e arr.) le 19 avril 1820. Élève de Léon Cogniet (Paris 1794 – Paris 1880), il commença sa carrière comme peintre d’histoire, puis adopta la peinture de genre (2).

Son premier envoi au Salon de Paris date de 1845 pour son tableau, Saint Louis de Gonzague apportant des secours à une pauvre famille, pendant la famine qui ravagea la ville de Rome, en 1591. Il exposa ensuite assez régulièrement, proposant des scènes parfois historiques ou orientalistes, le plus souvent de genre, avec une prédilection pour la Bretagne, plus précisément pour le Finistère :

  • Le puits du Bourg-le-Batz (1849) ;
  • La fontaine de Penestan – Un lavoir de Basse-Bretagne – Saulnier – Enfants du bourg de Batz (1850) ;
  • Le retour en barque d’une noce à Châteaulin (1859), « acheté par le comte de Morny qui reconnut à ce peintre un tempérament de coloriste » (3) ;
  • Une noce à Mellac (1861) ;
  • Le jour de l’Assomption, en Finistère – Incendie d’une chapelle en Vendée (1864) ;
  • Au sortir de l’église, Finistère (1868) ;
  • La croix de la bannière de Mellac (1870), etc.

Pour compléter sa généalogie, Félix Parmentier se maria le 19 décembre 1857 à Paris (6e arr.) avec Henriette-Julie-Alexandrine Leblond (1837-1860) et mourut à Paris (10e arr., passage Chausson où se trouvait son atelier) le 12 mai 1883, à l’âge de 62 ans.
    

Incendie d'une chapelle 3Signature de l'artiste au bas du tableau
   

L’incendie de Saint-Sulpice-le-Verdon en 1794

Le cartel du tableau indique que la scène rappelle un épisode de la Terreur à Saint-Sulpice-le-Verdon. Elle diffère toutefois des faits historiques car la statue de la Vierge n'y fut pas sortie des flammes de l’église, mais après l’incendie dont elle réchappa.

Les Colonnes infernales firent des ravages en février et mars 1794 dans cette paroisse vendéenne placée au cœur du pays de Charette. Les destructions et les massacres éprouvèrent la plupart des villages, surtout la Caillaudière-aux-Tiraux, la Boucherie, la Siffraire et l’Hôpiteau.

Quant au bourg de Saint-Sulpice lui-même, il fut « entièrement rasé ; les bestiaux, meubles et effets, appartenant aux habitants, ont été enlevés tant par les troupes de la République que par les Vendéens » (4). De l’église, ravagée par le feu lors de cette terrible journée du 28 février 1794, « seuls les murs subsistent à cinq mètres de hauteur » (5).

Après le départ de la colonne du général Cordelier (6), les survivants s’empressèrent d’enterrer leurs morts et de sauver ce qui pouvait l’être encore. En pénétrant dans les décombres de l’église, ils furent saisis de voir intacte la statue de la Vierge, si vénérée par toutes les paroisses alentour au pèlerinage du 8 septembre. Elle émergeait seule, sur un lit de cendres, alors que toutes les boiseries, les autels et ornements avaient été consumés par les flammes.

La statue fut recueillie par Pierre Favreau, le sacristain, qui la cacha chez lui, derrière un coffre jusqu’à ce que le culte catholique fût rétabli et l’église reconstruite pour accueillir à nouveau la relique miraculeuse (7). Celle-ci constitue toujours l’un des nombreux souvenirs des Guerres de Vendée à Saint-Sulpice-le-Verdon.
  

Incendie d'une chapelle 2Détail du tableau de Parmentier :
un paysan apporte un arrosoir pour éteindre l'incendie de l'église !

     


Notes :

  1. Oriane Hébert, La peinture d’histoire en France sous le Second Empire, 1860-1870, thèse de doctorat d’histoire de l’art, Clermont-Ferrand, 2016.
  2. Ernest Glaeser, Biographie nationale des contemporains, Paris, 1878, pp. 577-578.
  3. Glaeser, op. cit.
  4. A.D. 44, L 1035, d’après une demande de secours adressée par Jean-François Renaudin, Chroniques paroissiales, Archives du diocèse de Luçon, Saint-Sulpice-le-Verdon, p. 240.
  5. A.D. 85, Q 14.
  6. Né à Faremoutiers (Seine-et-Marne) en 1767, Étienne-Jean-François Cordelier ou Cordellier (il signe avec deux « l »), nommé général de division le 28 novembre 1793, fut l'un des pires criminels de guerre pour ses exactions commises du 21 janvier au 25 mars 1794, principalement à travers les Mauges, le sud-est de la Loire-Inférieure et le nord-est du département de la Vendée.
  7. L’église de Saint-Sulpice-le-Verdon fut relevée de ses ruines en 1803. Quatre-vingts ans après, le conseil de fabrique la jugea insuffisante pour la population et en trop mauvais état. Elle fut par conséquent démolie en 1886 pour être entièrement rebâtie telle qu’on la voit actuellement. Le clocher fut achevé de 1889 à 1891 (Chroniques paroissiales, op. cit., pp. 378-384).
      

Incendie d'une chapelleLe tableau de Félix Parmentier, Incendie d'une chapelle en Vendée (Salon de 1864, dimensions du tableau : 91,7 x 78,3 cm), Musée d'Art et d'Histoire de Cholet