Impliqué dans la conspiration de Cadoudal contre Bonaparte, le général Pichegru fut arrêté le 28 février 1804, puis emprisonné au Temple où il se suicidera dans la nuit du 5 au 6 avril. Une estampe allemande qui représente son arrestation ressemble étrangement à celle de Stofflet, exposée à Lille en 1798.  

Réfugié en Angleterre depuis 1802, Cadoudal ourdit un complot destiné à renverser le Premier Consul et favoriser le retour des Bourbons. Outre les conjurés recrutés parmi les Chouans et les émigrés, il avait rallié à sa cause le général de division Jean-Charles Pichegru, dont le renom et l’autorité devaient assurer le maintien de l’ordre après l’enlèvement de Bonaparte.

C’était sans compter sur l’imprudence d’un des conspirateurs, ni sur la vigilance de Fouché. Le complot fut déjoué et la plupart de ses membres furent arrêtés les uns après les autres.

« Pichegru, après avoir erré plusieurs jours de maison en maison, fut conduit chez un nommé Leblanc, courtier de commerce logé à Paris, rue de Chabanais. Ce misérable qui, d’après la rigueur de la loi portée par le sénat (1), eût été excusable sans doute de ne point recevoir Pichegru, eut la scélératesse de l’accueillir pour le livrer ; et, le 28 février 1804, à cinq heures du matin, le commissaire de police Comminge parvint à s’emparer de lui, en s’introduisant doucement dans sa chambre et en le saisissant dans son lit, avant qu’il eût pu faire usage de pistolets et de poignards dont il s’était entouré » (2).
   

Arrestation de PichegruArretierung des ex Generals Pichegrü zu Paris am 28. Februar 1804
(Arrestation de l'ex-général Pichegru à Paris le 28 février 1804, BnF)
   
 

Cette scène inspira une estampe allemande contemporaine des faits (ci-dessus), dont l’auteur n’est pas connu. On est frappé par sa ressemblance avec la représentation d’une autre arrestation célèbre (ci-dessous), celle du général Stofflet (3), peinte entre 1796 et 1798 par François Watteau, dit de Lille (4) : même obscurité que perce la lumière d’une bougie (Pichegru) ou d’une lanterne (Stofflet) brandie par un soldat placé sur la gauche ; même geste de résistance du personnage central, le seul véritablement éclairé, qui saisit l’un de ses adversaires au cou (5) tandis que les autres tentent de le maintenir.
    

Arrestation de StoffletL'arrestation du général Stofflet, peint par François Watteau de Lille entre 1796 et 1798 (Conservation des Musées de Vendée)
    

L’œuvre de Watteau de Lille a-t-elle servi de modèle ou d'inspiration à l’auteur de l’estampe allemande ? C’est tout à fait possible, étant donné qu’elle fut présentée au Salon de Lille en 1798.
      


Notes :

  1. Un décret du Sénat avait ordonné, sous peine de mort, de ne donner asile à aucun des conjurés.
  2. Galerie historique des contemporains, 1822, t. VII, p. 412.
  3. Jean-Nicolas Stofflet, général en chef de l’armée d’Anjou, fut surpris par un détachement républicain à la métairie de la Saugrenière, commune de La Poitevinière, dans la nuit du 23 au 24 février 1796.
  4. Sur ce tableau, lire L’arrestation de Stofflet à la Saugrenière (24 février 1796), Revue du Souvenir Vendéen n°274, en couverture et pp. 72-73 ; n°276, pp. 54-55, note 3. Le tableau L'arrestation du général Stofflet et son pendant, L'arrestation de Charette, tous les deux peints par François Watteau de Lille (Valenciennes 1758 – Lille 1823), ont été acquis par le Conseil général de la Vendée en 2007 et sont conservés à l'Historial de la Vendée.
  5. Dans le cas de Stofflet, c'est le grenadier Audouis qui éprouva la poigne du chef vendéen, mais qui n'y succomba pas.