En ces temps de confinement et de dénonciations, voici l’histoire de Jean Caillet, notaire et maire de Foussais (Vendée), qui fut suspecté d’une trop longue absence de chez lui et accusé d’être passé aux « brigands ». Plusieurs témoins déposèrent contre lui, ce qui le conduira à l’échafaud le 18 janvier 1794.

Carte Jean CailletCarte des lieux cités (en rouge)
  

Faute de pouvoir consulter les papiers de la commission militaire de Fontenay-le-Peuple (1) pour connaître les termes de la procédure contre Jean Caillet (2), on se contentera des lettres de dénonciations à son endroit, conservées parmi les pièces isolées numérisées sur le site des Archives de la Vendée (3).
  

1 J 1989L'une des dénonciations contre Jean Caillet (A.D.85, 1 J 1989)
  

« Il fallait se porter au Busseau
pour faire danser la Carmagnole aux patriotes
»

On y lit qu’à la date du 13 nivôse an II (2 janvier 1794), « il résulte des interrogatoires et dépositions contre Caillet qu’il a servi pendant l’insurrection quelques temps sa patrie, mais qu’il a fini par s’absenter longtemps de chez lui et cette absence donne les plus fortes présomptions qu’il s’étoit retiré parmi les Brigands ». Une citoyenne, dont le nom n’est guère lisible, a déclaré contre lui « qu’il avoit dit devant elle et plusieurs autres citoyens de Foussais qu’il falloit se porter au Busseau (4) pour faire danser la Carmagnole aux patriotes » (illustration ci-dessus).

L’auteur du billet réclamait d’autres renseignements sur Jean Caillet, en particulier auprès de Bichon, curé de Foussais, de « Boÿer » (Bouhier) de Payré-sur-Vendée (5), et de quelques autres. Mais seules les dépositions des deux premiers sont consultables en ligne.

Âgé de 43 ans, Joseph Bichon était le curé constitutionnel de la paroisse de Foussais depuis juin 1792. Il déclara « qu’ayant laissé sa cure de Foussay, il a envoyé chercher son cheval pour enlever ses effets par crainte qu’ils ne fussent pris par les Brigands ; que le dit Caillet s’empara de son cheval ainsi que son domestique ; que l’ayant envoié chercher une seconde fois (…) il le refusa constament, lui mit les enferges (6) et dit quelques temps après à Vexio (7), chirurgien : Je tiens le cheval de ce b. (bougre) de curé ; j’ai la clef des enferges, il ne l’aura pas de sitot ».

Le curé de Foussais rapporta ensuite les propos de Louis Lardi, qui lui avait « dit et assuré que les Brigands s’étant porté sur la dit paroisse, il (Caillet) les accompagna à la cure et y étant entré, il les avoit engagé à piller en leur disant : “Pillé ce b. de curé” ». Un certain Pipet de la Ficaudière lui assura enfin « qu’ayant rencontré plusieurs brigands qui alloient au pillage, il leur en fit de grands reproches, mais qu’ils lui répondirent qu’ils ne pouvoient faire autrement, que Caillet les y forçoient ».

La déposition du curé de Foussais porte au verso une note demandant de faire assigner « Louis Lardi, le chirurgien Vectio et Pipé de la Ficaudière ». Quant à celle de Louis Bouhier, de Pairé-sur-Vendée, on n’en apprend pas grand-chose, sinon qu’il a évacué sa maison le jour de la prise de Coulonges (8), qu’il a été absent de chez lui pendant deux mois et demi, qu’il ignore qu’elle fut la marche de Caillet et qu’il a juste entendu dire qu’il était passé aux brigands.
  

Signature de Jean CailletSignature de Jean Caillet sur le registre d'état civil de Foussais en 1793
(A.D. 85)
  

Jugé et condamné à mort à Fontenay

Jean Caillet rentra à Foussais le 16 octobre 1793, après son absence supposée chez les « brigands » ; en réalité, il avait passé ses derniers mois à La Tardière, chez sa fille aînée et son gendre (9). Arrêté le 31 octobre suivant, il fut emprisonné à Fontenay, puis jugé le 27 nivôse an II (16 janvier 1794) par la commission militaire qui le condamna à mort sur la foi des dénonciations émises contre lui, et qui l’envoya à la guillotine le lendemain. Son décès sera noté dans le registre d’état civil seulement trois mois plus tard, dans une longue liste d’actes à la date du 2 floréal an II (21 avril 1794) (10).

Comme la justice révolutionnaire l’avait considéré comme « émigré », alors qu’il n’avait même pas dépassé La Tardière, les meubles de Jean Caillet furent saisis et vendus le 28 floréal an II (17 mai 1794) (11).

Quant à sa femme, Françoise Fonteny, elle le suivit dans la tombe un mois et demi après, le 14 ventôse an II (4 mars 1794), à Niort « où elle était vraisemblablement emprisonnée » (12). Son acte de décès, inscrit dans une liste de sept noms, indique qu’elle mourut « à l’infirmerie du château » (13).
  

AD Jean CailletActe de décès de Jean Caillet sur le registre d'état civil de Fontenay-le-Comte (Section Ouest, 1793-an II, vue 382/468)
  


Notes :

  1. Nom révolutionnaire de Fontenay-le-Comte, chef-lieu du département de la Vendée jusqu’en 1804.
  2. Fils de Jacques Caillet et de Françoise Liaigre, Jean Caillet se maria à Foussais le 21 juin 1758 avec Françoise-Marie Fonteny, dont il eut 14 enfants. Il exerçait comme notaire royal à Saint-Hilaire-de-Voust dans les années 1760 et à Foussais de 1770 jusqu’à la Révolution. Il fut élu maire de cette commune en mars 1790. Le dernier acte d’état civil qu’il signe date du 21 mai 1793, après quoi il disparut plusieurs mois et ne rentra à Foussais qu’en octobre 1793. Sur l'histoire de Foussais-Payré en 1793, on lira les deux réponses à la question n°650 de « Chercheurs et Curieux », Revue du Souvenir Vendéen n°218 (mars 2002), pp. 49-51 et n°219 (juillet 2002), pp. 48-49.
  3. A.D.85, 1 J 1989.
  4. Paroisse insurgée des Deux-Sèvres, à la limite de la Vendée. L’armée de Lescure y tenait un camp qui servit de base pour attaquer Fontenay le 25 mai 1793. Le général Biron, commandant en chef de l’armée des Cötes de La Rochelle, y envoya une colonne de 2.000 soldats républicains le 21 juin suivant ; ils tuèrent 200 « brigands », mais il s’agissait de femmes, d’enfants et de vieillards restés au village. Les corps des victimes furent inhumés dans une fosse commune à la sortie du bourg, sur la route de Marillet. Le Souvenir Vendéen y a élevé une croix, bénie le 20 juin 1993 (Revue du Souvenir Vendéen n°184, pp. 67-68).
  5. Les communes de Foussais et de Payré-sur-Vendée ont fusionné en 1968 sous le nom de Foussais-Payré.
  6. Entraves placées aux pieds des chevaux ou des bœufs pour restreindre leurs mouvements.
  7. Jacques-Charles Vexiau, marié à Foussais le 31 janvier 1785 avec Magdelaine Perraine, exécuté à Fontenay aux côtés de Jean Caillet à Fontenay le 17 janvier 1794.
  8. À la même époque de la prise de Fontenay, à la fin du mois de mai 1793.
  9. Jeanne-Marie-François Caillet (Foussais 1759 – La Tardière 1829) avait épousé en 1789 à Foussais Jacques-Pierre Charrier.
  10. A.D. 85, état civil de Fontenay-le-Comte, NMD, Section Ouest, 1793-an II, vue 382/468.
  11. Notes généalogiques de Jean Maillaud, A.D. 85, 2 Num 521 185.
  12. Ibidem.
  13. A.D. 79, état civil de Niort, NMD, Décès 1794, vue 6/160.