Après la première bataille de Cholet, le 14 mars 1793, les administrations de la ville furent pillées, leurs papiers et leur mobilier livrés aux flammes, et toutes les caisses dévalisées. Toutes ? Non, celle du district fut oubliée…

AssignatsCaisse remplie d'assignats, Archives municipales de Nantes (lien sur l'image)
         

Les sources républicaines décrivant la prise de Cholet par les insurgés le jeudi 14 mars 1793 nous peignent une suite de scènes dramatiques, la mort au combat de dizaines de notables et de pères de famille, les malheurs des prisonniers « liés deux à deux, comme des forçats » et « voués à toutes les vengeances » (1), l’exécution sommaire de plusieurs d’entre eux, ou encore la fuite de ceux qui, répudiant toute idée de captivité, abandonnèrent leurs biens au pillage et à l’incendie.

Du reste, il n’y eut pas que les maisons et les magasins des patriotes qui furent visés : tout le mobilier de l’administration municipale, du district et du tribunal finit dans les flammes, tandis que les caisses de la ville furent pillées : « Les insurgés ont attaqué et pris Chollet. Le malheureux Brassac, receveur (de l’enregistrement) à Chollet a été tué en deffendant la cause de la liberté ; sa caisse ainsi que celle du district ont eu le même sort que celles de St-Florent (le 12 mars) et Chemillé (le 13), et les archives ont été embrasées » (2).

Or la caisse du district de Cholet ne fut pas du tout pillée. On ne sait pas vraiment comment, mais ni les insurgés, ni leurs chefs, ne songèrent à mettre la main dessus, alors qu’elle aurait contenu tout de même 200.000 livres (3). Il est probable qu’elle fût mise à l’abri par le citoyen Herlau, receveur du district, car l’interrogatoire de Joseph Cathelineau nous apprend que le bâtiment de cette administration fut brûlé (4).

La caisse passe aux insurgés… avec le receveur

C’est seulement deux mois après, que les commandants des armées insurgées vinrent à Cholet récupérer cette caisse. Loin du pillage, l’opération eut lieu dans les meilleures conditions : un procès-verbal fut établi en bonne et due forme et le receveur du ci-devant district conserva même ses fonctions, en changeant simplement d’allégeance :

« Aujourd’huy treize may mil sept cent quatre-vingt-treize, l’an premier du reigne de Louis XVII, Nous, commandans des armées catholiques et royales d’Anjou et Poitou réunies, sommes transportés chez monsieur Herlau, receveur du ci-devant district de Chollet, à l’effet de visiter la caisse qu’il avoit entre les mains. Vérification faitte de cet objet, y avons trouvés la somme de quatre-vingt-huit mille huit cent vingt-cinq livres en assignats, depuis 1.000 l. (livres) jusqu’à 10 s. (sols) et en sols de cloches (5) ; de laquelle somme nous nous sommes munis pour en disposer aux frais et dépenses de nos armées. Avons, en conséquence, nommé ledit sieur Herlau pour notre trésorier, qui ne pourra se démunir d’aucune somme sans un bon signé d’un de nos commandants… » (6)

Le receveur du district de Cholet changeait ainsi de camp, en conservant les mêmes fonctions, pour lesquelles il devait tenir un état exact de ses dépenses et conserver les différents bons qui lui seraient présentés, comme de garder les billets des négociants à qui les commandants desdites armées pourront prêter des sommes ; billets qui devaient être paraphés par les signataires de ce procès-verbal : Bonchamps, Duhoux d’Hauterive, Cathelineau, Stofflet, Sapinaud, Berrard (7), ainsi que d’Elbée (qui ne signe pas).

À supposer qu’il y eût bien « une valeur de 200.000 livres » dans la caisse du district de Cholet au moment de l’insurrection, il semblerait donc que plus de 110.000 livres s’en soient envolées entre le 14 mars et le 13 mai 1793. Qui en a profité ? Mystère… Célestin Port laisse entendre que lors de l’évacuation de Cholet par les insurgés à la mi-avril, au moment de l’offensive républicaine du général Berruyer, la caisse aurait été « délaissée de nouveau à la merci des occupants » et qu’ « elle ne fut pas oubliée par eux » (8). Si tel avait été le cas, on peut douter que ces « occupants » se soient désintéressés des 88.825 livres qu’on y a trouvés le 13 mai suivant.


Notes :

  1. Célestin Port, La Vendée angevine, t. II, p. 130.
  2. A.D. 85, S.H.D. B 5/13-16, Lettre de Thénaisie, directeur de la Régie nationale du droit d’enregistrement d’Angers à la Régie nationale, 20 mars 1793.
  3. Célestin Port, op. cit., p. 131.
  4. Joseph Cathelineau, frère de Jacques (le futur généralissime), fut capturé à Chalonnes, conduit à Angers et interrogé le 27 mars 1793. Quand on lui demanda « si l’on a pillé la caisse du district de Chollet », il répondit qu’ « on avait mis le feu à la maison où ce district était établi, en ajoutant qu’il avait ouï dire que quelques-uns d’entr’eux avaient volé (ce dont il n’a pas été témoin) & n’a lui-même rien pris » (A.D. 85, S.H.D. B 5/3-25).
  5. Pièces fappées à partir du métal des cloches.
  6. Document issu de la collection Dugast-Matifeux, cité par Benjamin Fillon, Considérations historiques sur les Monnaies de France, 1850, pp. 202-203.
  7. On ne présente plus ces noms illustres de Charles de Bonchamps, Jacques Cathelineau, Jean-Nicolas Stofflet, le chevalier Louis-Célestin Sapinaud de La Verrie, Maurice Gigost d’Elbée et son beau-frère Pierre Duhoux d’Hauterive. Pierre-Claude Berrard, moins connu, a fait l’objet d’une notice biographie ici.
  8. Célestin Port, op. cit., p. 131.