Les registres paroissiaux de Saint-Germain-des-Prés et de Vauchrétien, en Anjou, ont comme point commun de présenter, milieu des actes de baptêmes, mariages et sépultures, l'un en 1789, l'autre en 1790, la bénédiction du drapeau de leur garde nationale.

Saint-Germain-des-Pres 1789A.D. 49, état civil de Saint-Germain-des-Prés, BMS 1773-1792, vue 274/334
      

Le drapeau de la milice nationale de Saint-Germain-des-Prés

La bénédiction du drapeau de la « milice nationale » de Saint-Germain-des-Prés fut inscrite à la date du 6 septembre 1789 :

« Le six septembre mil sept cent quatre vingt neuf la milice nationale étant sous les armes et commandée par messire René Gérard Hunault de la Chevallerie a été bénis en cette église un drapeau donné à la dite milice par le sr commandant ci dessus dénommé ; ont étés presents à la cérémonie, Messieurs de Cumont, de Boissar, de la Missonnière, Berault, Belleœuvre, de Chanteloux, de Pontibeau et les autres habitants de la paroisse. »

  • Louis-Hyacinthe-François de Cumont, seigneur du Puy, de l'Épinay (en Saint-Georges-sur-Loire) et de Saint-Germain-des-Prés, partira en émigration quelque temps plus tard.
  • Charles-César-Louis de Boissard (1751-1823), seigneur de la Chauvière, sera maire de Saint-Germain-des-Prés de 1805 à 1808.
  • Georges Bérault (1735-1803), notaire royal, procureur du comte de Serrant, syndic des habitants lors de la rédaction du cahier de doléances de Saint-Germain-des-Prés, maire de la commune sous la Révolution.
  • En 1792, Emmanuel-Jacques Belleœuvre dénoncera le maire, Georges Bérault, pour « avoir abusé de sa place en méprisant et en trahissant la loi… » (A.D. 49, 1 L 350).
  • Jean-Baptiste de Vaufleury, curé de Saint-Germain-des-Prés depuis 1785, mourra le 7 novembre 1790 à l'âge de 38 ans environ. La paroisse sera alors desservie par ses deux vicaires, Guillaume Deschamps et Urbain Orfroy, qui refuseront tous les deux de prêter le serment constitutionnel. Le premier sera déporté en Espagne ; le second partira en Angleterre, puis s'embarquera pour le Canada en 1796, où il mourra curé de Saint-Vallier en 1846. La paroisse de Saint-Germain-des-Prés fut administrée par un prêtre assermenté, l'abbé Jacques Besnard, de 1791 à 1794. 
       

Le drapeau de la garde nationale de Vauchrétien

Registre Vauchretien 25 avril 1790Bénédiction d'un drapeau de la garde nationale de Vauchrétien, en Anjou, extrait du registre paroissial de Vauchrétien, BMS 1772-1790, vue 238/246 (A.D. 49)
  

Outre celui de Saint-Germain-des-Prés, on trouve un autre exemple en Anjou, à Vauchrétienà la date du dimanche 25 avril 1790, entre l’acte de baptême de Perrine-Charlotte de La Croix et la sépulture de Jacquine-Françoise Urseau :

« Le dimanche vingt cinq avril mil sept cent quatre vingt dix, la municipalité présente, la garde nationale de la paroisse de Vauchrétien sous les armes, ayant à sa tête le sieur René Louis Dolbeau, son commandant général, accompagnée d’un détachement de la garde nationale de Brissac, sous le commandement du sieur Le Normand, tambours battants et drapeaux déployés, a déposé sur l’autel son drapeau que nous soussignés avons béni, avec la permission de Monseigneur l’évêque d’Angers, ensuite de quoi nous avons reçu le serment civique du sieur Etienne Guillaume Dugré, maire de la municipalité de Vauchrétien, qui l’a reçu aussi de la garde nationale et de tous les habitans présents (y compris, apparemment, du curé et de son vicaire, qui refuseront le serment constitutionnel quelque temps après), lesquels ont signé fors les soussignés.… »

Suivent les signatures (pas toujours très lisibles) de :

  • René Dolbeau, commandant général de la garde nationale de Vauchrétien
  • J. Renou
  • (Le) Normand, qui commande le détachement de la garde nationale de Brissac
  • Leroux, sergent
  • Vallin, commandant de la garde nationale de Brissac
  • F. Esmery, major de la garde nationale de Brissac
  • Moreau
  • Gautier, sergent-major
  • Cottereau, officier
  • Christophe, brigadier du régiment de Royal-Roussilon cavalerie
  • Lemerle, chirurgien-major
  • Pelletier capitaine
  • Dugré, maire de Vauchrétien
  • Roulleau, vicaire de la paroisse de Vauchrétien : Charles-François Roulleau refusa de prêter le serment constitutionnel et fut déporté en Espagne. Il revint au pays en juin 1800, puis fut nommé curé de Meigné au Concordat.
  • Joubert
  • Beugnon (peut-être Jean-Pierre Beugnon, du village de l’Aubinière, qui fut membre du comité royaliste de Vauchrétien en 1793)
  • René Halbert
  • Gilles Marionneau, cabaretier à Vauchrétien
  • P. Palliochi
  • Samson : beaucoup de membres de la famille Samson prirent le parti de l’insurrection à Vauchrétien, mais on trouve aussi, dans le camp républicain, un nommé Jacques Samson, « assassiné par les rebelles de la Vendée », le 19 nivôse an III (8 janvier 1795), à l’âge de 47 ans ; à noter que le lendemain fut déclarée la mort de Venant-Michel Bordereau, lieutenant de la garde nationale de Vauchrétien, tué par les rebelles au village des Brosses, à l’âge de 57 ans, probablement par sa nièce, la redoutable Renée Bordereau, dite Brave l’Angevin, bien que celle-ci situe cet épisode en 1793 dans ses Mémoires (p. 23).
  • De Mont d’Or, curé de la paroisse de Vauchrétien : Laurent-Louis de Montdor, prêtre originaire d’Orléans, refusa de prêter le serment constitutionnel et fut remplacé en juillet 1791 par Jacques Locatelli, bénédictin de Sainte-Serge. Emprisonné à Angers, il fut délivré lorsque les Vendéens prirent la ville le 18 juin 1793, puis trouva asile chez François Pagis, épouse de François Roulleau, et mère de son vicaire, Charles-François Roulleau. Celle-ci sera arrêtée et condamnée à mort pour avoir hébergé le curé insermenté de Vauchrétien ; elle mourut fusillée au Champ des Martyrs d’Avrillé le 1er février 1794. On ignore ce qu’il advint de l’abbé de Montdor.
          

Les bénédictions des drapeaux des gardes nationales n’ont rien d’original à cette époque à travers tout le royaume. Une cérémonie similaire, qui eut lieu à Saumur le même jour qu’à Vauchrétien, mais dans un cadre plus laïc, est décrite dans les Affiches d’Angers du 1er mai 1790 (illustration ci-dessous). Leur inscription dans les registres paroissiaux reste en revanche très rare. 

Affiches Angers 1er mai 1790La cérémonie de prestation de serment de la garde nationale de Saumur le 25 avril 1790 (Affiches d'Angers, 1er mai 1790, A.D. 49)