C’est probablement le seul monument commémorant les Guerres de Vendée dans le canton de La Mothe-Achard : une belle croix de granit érigée par le Souvenir Vendéen en 1950. Son inauguration fut l’occasion de rappeler les faits d’armes et le martyre de cette région quelque peu délaissée par les historiens, alors qu’elle prit une part active à l’insurrection de 1793.

La Mothe-Achard 2Trois fleurs de lys au sommet de la croix
  

On ne parle pas souvent de lieux de mémoire des Guerres de Vendée au pays de La Mothe-Achard. Peut-être est-ce dû à sa position de frontière éloignée, aux avant-postes du bastion républicain des Sables ? Ou bien au caractère ombrageux de Jean-Baptiste Joly, le chef vendéen qui avait assis son autorité sur toutes les paroisses environnantes ?

Après en avoir fait le tour, il semble bien qu’un seul monument honore les victimes de cette guerre dans la région (1). Il s’agit d’une croix de granit érigée par le Souvenir Vendéen d’après un modèle reproduit à l’identique en différents endroits dans les années 30 à 60 : Challans en 1935, la Girardière (Combrand) en 1936, Fonteclose (La Garnache) et Beaupréau en 1938, le Pont-Charron (Chantonnay) en 1948, la Pochetière (Saint-Christophe-du-Bois) en 1955, le château de Clisson (Boismé) en 1957, les Trois Provinces (Boussay) en 1958, et Château-Gaillard (Mauléon) en 1961. Sur un socle carré s’élève un fut cylindrique surmonté d’une croix portant un cœur et trois fleurs de lys sur ses branches.

La croix du Souvenir Vendéen à La Mothe-Achard se dresse à la sortie de la ville, sur une route secondaire menant à La Roche-sur-Yon (D760). Placée dans l’enceinte du collège Saint-Jacques-la-Forêt, derrière un grillage, elle se trouve aujourd’hui masquée par un épais buisson de ronces qui cache complètement la plaque sur son socle. On pouvait y lire il y a quelques années encore : « Aux Vendéens du canton de La Mothe-Achard tombés pour la religion, 1793-1796. Souvenir Vendéen 1950 ».
  

La Mothe-Achard 1Au bord de la route de La Mothe-Achard à La Roche-sur-Yon,
la croix du Souvenir Vendéen émerge de la végétation.
  

Cette croix fut bénie le dimanche 11 juin 1950. La journée de commémoration rassembla « plus de 1.200 habitants de cette lointaine Marche vendéenne, qui revendique à juste titre sa place, fière et digne, dans la grande Épopée » (2). Le programme se composait d’un défilé, d’évocations historiques sur un théâtre de verdure, de divertissements folkloriques et de discours, en particulier d’une causerie du Frère Étienne-Joseph sur « Le canton de La Mothe-Achard pendant la Grand-Guerre ».

L’orateur évoqua la mémoire du général Joly et les combats que celui-ci mena contre le général républicain Boulard ; la situation de La Mothe-Achard à la veille du soulèvement (3) ; les chefs de paroisses de l’armée de Joly ; les demoiselles de Rorthais, Élisabeth (19 ans) et Marie (26 ans) qui furent exécutées dans les dunes de la Claire à Noirmoutier le 3 août 1794. Il développa également, avec plus de détails, trois anecdotes locales : l’échauffourée de Landeronde, qui eut lieu une douzaine de jours avant l’insurrection ; la veillée d’armes de La Mothe avant la seconde attaque des Sables (29 mars 1793) ; et enfin le guet-apens de Beaulieu dans lequel tomba Henri Allard, chef de la division de La Mothe-Achard dans l’armée de Charette, le 20 juin 1795. Et de conclure : « Notre croix du Souvenir n’est pas plantée sans raison. Comme un bon arbre de Vendée, espérons qu’elle s’enracinera, produira des fleurs et des fruits d’esprit chrétien et vendéen, parmi ceux qui la salueront… » Pour ce qui est de la croix, je ne me prononcerai pas ; en revanche la haie, elle, s'est très bien enracinée.
  

La Mothe-Achard 3Tournée vers la route, face au grillage entourant les terrains de sport du collège Saint-Jacques-la-Forêt, la plaque est aujourd'hui totalement cachée par les ronces.
    


Notes :

  1. On m'objectera qu'un panneau a été posé aux Clouzeaux pour situer le lieu de la mort du général Haxo, le 20 mars 1794. D'autre part, l'un des commentaires ci-dessous mentionne la croix du Plantis, à Beaulieu-sous-la-Roche, dont l'inscription aujourd'hui effacée indiquait le « combat des Moulinières » qui eut lieu en avril 1793 (sur le camp des Moulinières, voir ici).
  2. Revue du Souvenir Vendéen n°12 (août 1950), p. 12.
  3. « Les coupables manœuvres des ennemis de la République entourent la ville des Sables, et le principal lieu de leur rassemblement est La Mothe. La municipalité de cette paroisse, sauf le maire, est dévouée sans réserve à l’aristocratie. Sept prêtres factieux s’y réunissent… » (Ibidem, p. 8)