Mon inventaire des rues vendéennes reprend à La Copechagnière, une commune située entre la forêt de Grasla, la Chabotterie et Belleville-sur-Vie. On ne sera donc pas surpris d’y trouver une « rue de Charette ». Mais la plus intéressante reste la « rue Pierre Rezeau » qui porte le nom du capitaine de la paroisse de 1793 à 1799.

Rue Pierre RezeauLa rue Pierre Rezeau à La Copechagnière (avec un accent aigu de trop)
  

Pierre Rezeau naquit au Bourg-sous-la-Roche le 16 novembre 1764, onzième enfant de Jean Rezeau, marchand de bois, et Marguerite Do(u)illard. Parmi ses frères et sœurs, signalons :

  • Louis (1760-1810), qui combattit lui aussi dans les rangs vendéens ;
  • Marie-Marguerite (1756-1821), qui épousa en secondes noces, en 1792, Charles Caillaud (1770-1851), l’un des principaux officiers de Charette (1) ;
  • Gabriel (1762-1828), vicaire à Aizenay en 1788 et à Beaufou en 1790, qui refusa le serment constitutionnel et fut déporté en Espagne en septembre 1792. On le retrouve en Vendée en 1799 comme curé de Beaufou. Les années suivantes, il desservit les paroisses de La Ferrière, Fougeré, Coëx et Saint-Denis-la-Chevasse.

Pierre, quant à lui, exerçait le métier de marchand de bois comme son père, lorsqu’il prit la tête du soulèvement des gars de La Copechagnière en mars 1793. On peut se faire une idée de ses états de service en parcourant la demande de pension que sa veuve, Aimée-Adélaïde Cail(le)teau (2), adressa à la commission royale en 1825 :

« Au commencement de la guerre de la Vendée il (Pierre Rezeau) fut un des premiers à faire des rassemblements qu’il conduisit par les ordres du Général Rouairant au camp de Chantonnay, ou il fut fait officier… » La petite troupe des insurgés de La Copechagnière s’était en effet placée sous les ordres de Charles-Aimé de Royrand, qui commandait les paroisses insurgées du nord-est du département de la Vendée, entre la Sèvre nantaise et la région de La Roche-sur-Yon. Après la victoire retentissante de la Guérinière, le 19 mars 1793, ce territoire s’étendit jusqu’au Lay, dont cette armée dite du Centre assura désormais la garde face à la Plaine acquise aux républicains. On sait que des gars de La Copechagnière s’aventurèrent au-delà de la rivière, au cours de l’une des trois offensives sur Luçon qui se soldèrent toutes par un échec (3).

Reprenons le récit d’Aimée-Adélaïde Cailteau : « Quelques tems après, se réunissant au Général Charette, et nommé par lui chef de Division, il continua de se montré avec un noble courage et d’agir en homme d’honneur, nottament au Batailles de Montaigu ou son cheval fut tué sous lui, et de Ferligner ou il fut blessé, au coté gauche par une balle ; que depuis cette époque a ressentit des douleurs aigues a la poitrine et que dans ses maladies il a craché abondament le sang ». Pierre Rezeau ne passa pas la Loire avec la Grande Armée. Il préféra se rallier à Charette qui fédérait la plupart des combattants encore présents au sud de la Loire. Il fit d'ailleurs partie des officiers qui désignèrent ce dernier comme général en chef aux Herbiers, le 9 décembre 1793. Nommé commandant de la division de Montaigu (4), Pierre Rezeau fut effectivement blessé à l’attaque du camp républicain de Fréligné, près de Touvois, le 15 septembre 1794.
  

Rue de CharetteLa rue de Charette à La Copechagnière
  

Il accepta de se soumettre aux conditions de paix du traité signé à la Jaunaye le 17 février 1795 (5), mais n’hésita pas une seconde à suivre Charette dès que celui-ci relança les hostilités. Cependant la Vendée, lasse de la guerre, ne les suivit pas. Peu à peu l’étau se resserra sur les derniers combattants qui pour les uns périrent au combat, pour d’autres furent capturés, pour d’autres encore firent leur soumission. Ce fut le cas de Pierre Rezeau qui déposa les armes, probablement après la tragique bataille de la Bégaudière, le 21 février 1796 (6).

Aimée-Adélaïde Cailteau ajoute que son mari, « après la mort de Charette (29 mars 1796), fut pris par les republicains et conduit a Saumur ou il endura pendant neuf mois la plus dure captivité, et qui saisi de nouveau essuya le meme sort à Nantes, ce qui lobligeat de vendre les biens de ses peres ». C’est le général Hoche qui l’envoya au château de Saumur en compagnie de Charles Caillaud, avec lequel il s’évada en décembre 1796 pour regagner La Copechagnière (7). Arrêté une seconde fois, Pierre Rezeau fut conduit à Nantes, mais parvint encore à échapper à ses geôliers.

Sa veuve nous apprend qu’il mobilisa à nouveau pour la reprise de la guerre en 1799. « Il fut chargé par le Général comte de Suzannet de faire sortir des armes de Nantes ville ennemie au faint (afin) de favoriser le parti royaliste et une partie de ces armes a été acquittée par lui ; que la guerre recommençant il fut conservé dans son même grade, mit sur pieds beaucoup de gens, battit l’ennemi de nouveau et lui fit des prisonniers ».

En mettant un terme aux persécutions anticatholiques du Directoire et en signant le Concordat en 1801, Bonaparte éteignit enfin l’insurrection de la Vendée. Pierre Rezeau rentra alors dans le rang pour reprendre son métier de marchand de bois à La Copechagnière. Il se maria dans cette commune en 1802 avec Aimée-Adélaïde Cailteau, dont il eut un fils, Pierre, mort en bas âge, et deux filles, Rose-Adélaïde née en 1804 et Marie-Antoinette née en 1806. La famille s’établit ensuite à Saint-Denis-la-Chevasse où naquirent Clémentine-Euphrasie en 1807, Anne-Virgine en 1808, Louise en 1809, Pierre-Charles en 1811, et Victoire-Henriette en 1813 (8).

Pierre Rezeau mourut trois heures avant la naissance de cette dernière fille, le 29 mars 1813 (9), « les blessures qu’il a reçu en combatant pour la cause du roy étant la cause de sa mort » (10). Sa femme le suivit dans la tombe à Saint-Denis-la-Chevasse, le 19 octobre 1853.
   

Concluons par une anecdote amusante concernant Pierre Rezeau et les gars de La Copechagnière : « La veille de la bataille des Quatre-Chemins-de-l'Oie, le général Charette passait la revue de ses hommes à Saint-Fulgent ; le commandant de la division royaliste de Montaigu, qui habitait la Copechagnière (…), faisait placer ses soldats sur trois lignes. À l'appel de la Copechagnière, deux hommes seulement se présentèrent, les autres étaient restés dans le quartier des Vieilles-Loges de la forêt de Grasla avec leurs familles. “Général, dit Rezeau, ils ne sont que deux. – Sur trois rangs quand même !” répond Charette, avec un léger sourire (11). On ignore si la manœuvre des deux gars a réussi.
     


Notes :

  1. Charles Caillaud prit part au soulèvement de mars 1793, rallia les troupes de Chouppes et Bulkeley à La Roche-sur-Yon, où il reçut un commandement, et assista à la 2e attaque sur Les Sables (29 mars). Avec Saint-Pal, il opéra ensuite dans la région du Lay, entre La Roche et Luçon, puis passa à la fin de l’année 1793 sous l’autorité de Charette, qui le nomma colonel en avril 1794. Charles Caillaud opérait principalement dans la région située entre La Roche et Luçon. Son cantonnement se trouvait habituellement aux Cerisiers, en Fougeré. Il participa à de nombreux combats (Moutiers-les-Mauxfaits, Les Clouzeaux, Saint-Colombin, Challans, Saint-Cyr-en-Talmondais, etc.) et y reçut plusieurs blessures. Il fit sa soumission à la fin de la guerre, mais fut arrêté et emprisonné à Saumur en 1797. Il s’évada, fut repris l’année suivante et incarcéré cette fois à Fontenay. À nouveau libre, il rassembla sa division lors de la guerre de 1799 pour mener quelques coups contre les républicains. Sa dernière prise d’armes eut lieu en 1815, notamment au combat d’Aizenay (A.D. 85, Notes généalogiques de Jean Maillaud, 2 Num 521 432).
  2. Pierre Rezeau se maria à La Copechagnière, le 1er fructidor an X (19 août 1802), avec Aimée-Adélaïde Cailteau, originaire de Chauché. L’acte de mariage rassemble les signatures de plusieurs figures de l’armée de Charette : Pierre Cailteau, ancien adjudant, Charles Caillaud (voir note 1 ci-dessus), et Pierre Maindron, capitaine de cavalerie.
  3. Pierre Gréau, Pierre Rezeau (1764-1813), capitaine de paroisse de La Copechagnière, Revue du Souvenir Vendéen n°243 (juin 2008), p. 21.
  4. On trouve de Pierre Rezeau, « comendant la division royale de Montaigu », cité comme parrain dans un acte de baptême inscrit au registre clandestin de La Copechagnière à la date du 13 octobre 1794 (BMS sept. 1794 – oct. 1796, vue 2/9).
  5. Son nom est cité parmi les officiers qui mirent leurs signatures le soir du 17 février 1795, le lendemain ou le surlendemain, « au bas d’une Déclaration de forme étrange, où ne sont même pas rappelées les causes pour lesquelles les signataires ont combattu, la religion et la monarchie ; où les origines de la guerre civile sont passées sous silence, où le seul motif de la prolongation des hostilités est qualifié de résistance légitime à la Terreur, et cela pour aboutir à un serment de fidélité à la République » (Ch.-L. Chassin, Les pacifications de l’Ouest, t. Ier, p. 158).
  6. P. Gréau, op. cit., p. 23.
  7. Ch.-L. Chassin, Les pacifications de l’Ouest, t. II, p. 479. Outre Rezeau et Caillaud, les divisionnaires de Charette expédiés par Hoche au château de Saumur étaient La Robrie, Guérin et Lecouvreur. Les Archives de la Vendée conservent (et ont mis en ligne sur leur site) une pétition des habitants de Chauché, en date du 22 floréal an IV (11 mai 1796) demandant à Hoche la grâce de Pierre Rezeau. On y lit que l'ancien divisionnaire de Charette, qui s'était soumis aux lois de la République, aurait contrevenu à un ordre de rassemblement donné par son chef quatre mois auparavant, et qu'il aurait même informé le général Gratien de l'endroit où de la poudre lui avait été envoyée (A.D. 85, 1 J 1840).
  8. Notes généalogiques de Jean Maillaud, op. cit. Pierre-Charles est déclaré à sa naissance « de sexe féminin » ! Mais c’est bien un homme de 19 ans sur son acte de décès en 1831.
  9. Ce 29 mars 1813, Pierre Rezeau est mort à une heure du matin ; sa dernière fille, Victoire-Henriette est née à quatre heures du matin (état civil de Saint-Denis-la-Chevasse, NMD 1804-1813, vues 378-379/431).
  10. Demande de pension d’Aimée-Adélaïde Cailteau (A.D. 85, 1 M 425). Un certificat du maire de Saint-Denis-la-Chevasse établi le 7 mars 1815 certifie également que Pierre Rezeau « est présumé mort des suites d’un coup de feu qu’il avoit reçu a la poitrine au combat de Freligné, ayant souvent craché le sang depuis cette époque » (Notes généalogiques de Jean Maillaud, op. cit.).
  11. Abbé Aillery, Chroniques paroissiales du diocèse de Luçon, La Copechagnière, pp. 389-390. On trouve aussi cette anecdote dans La Vendée historique de 1901.