Armand Bérart vient de publier une biographie passionnante d'Auguste de La Rochejaquelein, le troisième membre d’une illustre fratrie de généraux vendéens. Dévoué corps et âme à la défense de la cause légitimiste, il fut celui qui mena ce combat à l’échelle européenne, avec une intransigeance qui ne faiblit jamais.

Auguste de La Rochejaquelein

Longtemps resté dans l’ombre de ses deux frères Henri et Louis, héros des guerres de 1793 et de 1815, Auguste de La Rochejaquelein fut néanmoins celui qui lutta le plus longtemps, et sur des théâtres d’opérations infiniment plus étendus, contre tous les tenants de la Révolution.

Marqué dès sa petite enfance par les tumultes révolutionnaires, il fut séparé de ses parents à l’âge de 8 ans, en 1792, lorsque ceux-ci firent voile vers la Jamaïque, avant de passer à Saint-Domingue. L’île où la famille possédait des biens était alors en proie à l’insurrection. Resté seul en Angleterre, Auguste entama sa carrière militaire en s’engageant dans la Royal Navy. Le tournant du siècle ramena la paix : paix religieuse en 1801 avec la signature du Concordat, auquel le combat des Vendéens avait tant contribué ; paix d’Amiens avec l’Angleterre en 1802. À l’instar de ses sœurs Anne et Louise, Auguste en profita pour rentrer au pays lui aussi. Il n’avait que 17 ans. 

La guerre le rattrapa dès 1809. Invité à prendre du service dans l’armée de Napoléon, tout comme son frère Louis, il rechigna à se soumettre et fut mis aux arrêts. Il finit toutefois par céder sous la menace d’un emprisonnement à vie et se résolut à rejoindre son régiment l’année suivante. Mais c’est au cours de la campagne de Russie qu’il se couvrit de gloire, surtout à la bataille de Borodino, dite de la Moskova. Il y reçut une blessure au visage qui lui vaudra jusqu’à ses derniers jours le surnom du « Balafré ».

Les Cent-Jours

Les événements de 1815 donnèrent enfin à Auguste et à son frère Louis l’occasion de combattre sur leurs terres vendéennes, comme l’avait fait leur aîné Henri plus de vingt ans auparavant. Si cette campagne difficile le mit aux prises avec un adversaire redoutable, ce sont surtout les rivalités de commandement entre les chefs royalistes qui l’affectèrent, de même que les pourparlers d’une paix négociée à La Tessoualle. Son jusqu’au-boutisme ne pouvait s’accommoder de compromis avec les impériaux. Auguste voulait entretenir une guerre d’embuscade, sinon il menaçait de repartir en Angleterre pour y poursuivre la lutte.

La donne changea complètement lorsqu’on apprit la nouvelle de la défaite de Waterloo, une défaite dont le sort aurait pu basculer si les 25.000 soldats envoyés dans l’Ouest de la France pour y contenir les troubles n’avaient pas fait défaut à Napoléon contre les coalisés. Face à la menace d’une invasion prussienne, les ennemis de la veille, royalistes et impériaux, en vinrent pourtant à se réconcilier et s’allier, mais cette guerre prit fin avec le retour du roi.

L'âge d'or de la Légitimité

La Restauration semblait combler les désirs d’Auguste. Il prit part à l’attribution des secours aux anciens combattants vendéens, en tant que membre de la commission chargée d’en étudier les demandes, et reçut chez lui la visite de la duchesse de Berry, mère de l’héritier au trône. L’occasion se présenta à nouveau pour lui de défendre la cause des Bourbons par les armes en s’engageant en 1823 dans la campagne d’Espagne destinée à soutenir le roi Ferdinand VII contre les libéraux. 

Cet âge d’or de la Légitimité prit fin brutalement à l’été 1830, dans le tumulte d’une nouvelle révolution qui chassa la famille royale de France. Fidèle parmi les fidèles, Auguste vécut ces journées aux premières loges au château de Saint-Cloud, aux côtés de Charles X, qu’il suivit dans son exil. 

Cet irréductible combattant ne pouvait se résoudre à cette adversité. Sans attendre il prépara la riposte contre le nouveau régime de Louis-Philippe, en tissant un réseau clandestin en vue d’une prochaine prise d’armes. Sa femme, Félicie de Durfort-Civras, qu’il avait épousé en 1819, se montra d’ailleurs très active elle aussi dans ce projet. Ce faisant, ils furent surveillés de près, traqués même, à l’époque de la tentative de soulèvement de la duchesse de Berry en 1832.

Les derniers combats

Après l’échec de cette ultime guerre de Vendée, Auguste, condamné à mort par contumace, trouva refuge en Suisse avec sa femme, mais n’avait en rien renoncé à ses idéaux. Dès 1833, il repartit au combat sur un autre front de la Légitimité, cette fois au Portugal, afin de défendre la cause de Dom Miguel. Ce fut à nouveau un revers, le dernier de sa carrière militaire.

À nouveau exilé au cours des années qui suivirent, il fit un voyage remarqué en Russie, puis fut enfin autorisé à rentrer en France à la faveur d’une amnistie proclamée en 1840. Il consacra alors ses dernières années à la chasse, à ses terres, en entretenant avec la même ferveur, jusqu’à sa mort en 1868, la flamme légitimiste qui l’avait animé durant toute son existence.

Rarement on aura vu, au cours de cette période ponctuée de révolutions et de revirements d’allégeances, une personnalité rester aussi indéfectiblement fidèle à ses convictions. « Le Balafré » appartenait à un autre temps : c’était un chevalier, comme plusieurs de ses contemporains l’ont décrit. On s’en convainc aisément en se plongeant dans cette biographie qui nous peint avec un souci constant du détail la vie incroyable de ce La Rochejaquelein méconnu. 
   

Armand Bérart, Auguste le Balafré, Auguste de La Rochejaquelein, une épée au service de la Légitimité, Le Lys et le Lin, paru le 29 août 2020, 332 pages, 22