On la remarque à peine au bord de la route de Saint-Georges-de-Pointindoux à Beaulieu-sous-la-Roche, au milieu d’un bouquet de panneaux indicateurs et publicitaires. Cette petite croix de granit serait pourtant un souvenir du combat dit des Moulières qui eut lieu sur ce chemin le lundi 29 avril 1793.

Croix du Plantis 2La croix à la sortie de Beaulieu-sous-la-Roche sur la route des Moulières
   

Le combat des Moulières s’inscrit dans l’offensive menée par le général de brigade Boulard (1) pour réprimer le soulèvement dans la partie littorale de la Vendée. Débarqué aux Sables-d’Olonne le 3 avril, quelques jours après le double échec des insurgés devant la ville les 24 et 29 mars, Boulard organisa rapidement son armée en deux colonnes : la 1re sous ses ordres, avec 1.900 fantassins, 125 cavaliers ou gendarmes, 6 pièces d’artillerie et 170 canonniers ; la 2e confiée à Esprit Baudry (2), avec 1.662 fantassins, 78 cavaliers, 7 pièces d’artillerie et 72 canonniers (3).

Cette armée des Sables se mit en route dès le 8 avril, la colonne de Boulard vers La Mothe-Achard, et celle de Baudry en direction de Vairé, puis de Saint-Gilles-sur-Vie. Les Bleus délogèrent un à un tous les postes que les insurgés avaient le plus souvent fixés les points de passage des rivières : la Grève, la Grassière, la Gachère, le Pas-Opton, etc. Ils investirent bientôt Challans et remportèrent une victoire à Saint-Gervais le 15 avril. Faute de moyens suffisants pour se maintenir dans la région maraîchine, Boulard fit rétrograder son armée vers La Mothe-Achard après le 20 avril, laissant toutefois quelques garnisons à Challans, Saint-Gilles ou encore Vairé.

Échauffourées aux Moulières

De La Mothe-Achard, Boulard prépara ensuite une attaque sur Palluau. Il en informa Baudry le 26 avril (4), ajoutant qu’il renforçait le poste de Challans, mais aussi le général Beysser qui s’était emparé de Machecoul quatre jours auparavant et dont l’objectif restait fixé sur Noirmoutier (5). Il fit d’abord éclairer la route de Beaulieu, ce même 26 avril, en envoyant une patrouille de dix cavaliers (6), afin de reconnaître le poste des Moulières, fort de 80 hommes qui prirent la fuite à l’approche des Bleus. « On trouva à la porte d’un moulin une affiche portant pour texte “Liberté et égalité” ; elle contenait des injures contre la Convention et la République et invitait les paysans à la révolte. Cette même patrouille a apporté au général Boulard deux lettres dont l’une écrite par les chefs des brigands fesait l’éloge des révoltés, louait beaucoup leur humanité et blasphémait contre la Convention. Elle contenait l’offre d’échange de 8 prisonniers. La 2e était de Larroque, aide chirurgien major des battaillons de Bordeaux, où il suppliait le général de consentir à cet échange, étant lui-même au nombre des prisonniers » (7).

La position restait périlleuse pour les Bleus, car le lendemain cinq cavaliers furent attaqués à la chapelle des Moulières. « Il y en a eu un de tué, et deux autres ont eu le malheur d’être pris prisonniers. Les deux autres se sont sauvés » (8). Un petit cantonnement fut alors établi aux Moulières. Il n’y demeura pas longtemps. Boulard fut en effet informé le 29 avril que ce poste avait été déserté par quinze soldats, partis « pour aller au sein de leurs familles surveiller leurs propriétés qui se trouvent dans les environs de Beaulieu, Aizenay, et Paluau », ne laissant ainsi aux vingt hommes restant, officiers compris, pas d’autre choix que de se replier sur La Mothe-Achard (9). Les insurgés en profitèrent pour réoccuper les Moulières.
   

Carte du combat des MoulieresLa carte du combat des Moulières (cliquez sur l'image pour l'agrandir)
    

Le combat des Moulières

Boulard prit alors les choses en main. Il marcha aussitôt sur l’ennemi qu’il chassa à la baïonnette, comme il le relate le 30 au général Beaufranchet d’Ayat (10). Le précis des mouvements de l’armée des Sables (11), qui rapporte les opérations menées du 7 avril au 12 mai 1793, décrit en détail cette attaque sur les Moulières et Beaulieu, le 29 avril :

« La première division (12) s’est mise en marche à six heures du matin. Les compagnies de grenadiers des battaillons de Bordeaux et ceux du 110e régiment avaient pris la droite et la gauche, accompagnés par des volontaires du pays, pour tourner l’ennemi au poste des Moulières (13), qui se replia à notre vue sur le corps d’armée qui était sur la route de Beaulieu avec deux drapeaux blancs, et qui se plaça derrière ses retranchements, à l’entrée du bourg (14).

Le général fit avancer l’armée et, pour détourner l’attention des rebelles, il fit tirer quelques coups de canon, pendant que le détachement du 110e régiment se porta sur la gauche pour faire face à ceux des ennemis qui se portaient sur ce côté (15) ; la compagnie des grenadiers du 2e bataillon de Bordeaux et un détachement des volontaires du pays se portait (sic) en même temps sur la droite.

La canonnade ne faisant aucun effet (16) et le 110e commençant sa fusillade, il fut tiré 4 coups de canon (17), et dans l’instant le 1er bataillon de Bordeaux ayant en tête 30 hommes des 32e et 51e régiments marcha sur les retranchements au pas de charge. L’ennemi fut tellement épouvanté de cette manœuvre qu’il sortit avec la plus grande précipitation de ses retranchements ; il passa à la course le bourg de Beaulieu et se dispersa dans les bois des environs (18). La compagnie des grenadiers du second battaillon de Bordeaux chargea également un corps de brigands qui venait à sa rencontre pour l’envelopper et qui prit également la fuite en désordre.

La cavalerie chargea les fuyards avec assez de succès pour en tuer environ 50. Les citoyens Goupilleau (de Montaigu), député de la Convention, et Charbonnier, commissaire des guerres, chargèrent également avec la cavalerie, et furent assez heureux pour n’être pas blessés d’une décharge qu’on leur fit en passant à côté d’un bois.

Les rebelles laissèrent à Beaulieu une assez grande quantité de provisions de bouche, dont l’armée s’est emparée ; on leur a fait deux prisonniers, dont un chef appelé Rorthais (19). Nos troupes n’ont eu ni tués ni blessés.

Après avoir fait casser les cloches de Beaulieu, le général a fait continuer la marche vers Aizené (Aizenay) où l’armée est entrée sans obstacles ; elle y a passé le reste du jour qui fut très pluvieux ; on y a également cassé les cloches ».
   

Croix du Plantis 1Une croix de granit à l'emplacement des positions républicaines
   

La croix du Plantis

L’inventaire du patrimoine des communes de Vendée publié par les éditions Flohic en 2001 (20) mentionne, à la rubrique de Beaulieu-sous-la-Roche, la « croix du Plantis » comme monument commémoratif du combat des Moulières, daté malencontreusement du 21 avril au lieu du 29. L’illustration montre cependant une croix qui se trouve sur le chemin de la Vacherie, à l’écart du théâtre de l’affrontement, et avec une inscription datée de 1891. Or il existe une autre croix plus ancienne et bien plus proche du lieu-dit le Plantis, précisément à l’entrée du bourg de Beaulieu en venant des Moulières, c’est-à-dire à l’emplacement des positions républicaines au début de l’affaire. Il est plus probable que ce soit elle qui commémore ce combat du 29 avril 1793. 
    


Notes :

  1. Henri-François Maurille de Boulard (1746-1793), officier sous l’Ancien Régime, colonel en novembre 1791, général de brigade à titre provisoire en mars 1793. Il fut nommé à la tête de l’armée des Sables avec laquelle il permit aux républicains de reprendre position dans la partie littorale de la Vendée insurgée en avril-mai 1793. Il dut toutefois quitter le théâtre des opérations en raison de ses origines nobles.
  2. Esprit-Henri Baudry d’Asson (1750-1812) était le frère de Gabriel qui, lui, combattait dans les rangs des insurgés.
  3. SHD B 5/3-94.
  4. SHD B 5/3-84.
  5. SHD B 5/3-75 et SHD B 5/3-88. Prise de Noirmoutier.
  6. Cette patrouille de dix cavaliers était composée de 4 gendarmes, d’un aide de camp, d’un volontaire d’un bataillon de Bordeaux et de 4 cavaliers du pays (SHD B 5/3-94).
  7. SHD B 5/3-94.
  8. Les Sables et la guerre de Vendée. Manuscrit de Collinet (1788-1804), C.V.R.H., 2003, pp. 129-130.
  9. SHD B 5/3-90.
  10. SHD B 5/3-92, bulletin analytique seul.
  11. SHD B 5/3-94.
  12. Commandée par Boulard. D’après le rapport de Goupilleau, qui s’y trouvait, cette colonne était composée de 41 hommes du 60e régiment, 95 du 110e, 689 du 1er bataillon de Bordeaux, 662 du 2e bataillon de Bordeaux, y compris 26 du ci-devant Bassigny, 91 gendarmes et 20 cavaliers (il compte cependant 60 hommes de plus à son total de 1.658). Il ajoute à cela 4 pièces de canon de quatre, et 68 citoyens des environs réfugiés aux Sables « qui brûlaient du désir de retourner dans leurs foyers » (Charles-Louis Chassin, La Vendée patriote, 1793-1800, t. Ier, p. 248).
  13. Le corps de garde des insurgés était placé aux moulins des Moulières (ibidem). La retranscription qu’en fit Chassin diffère de l’original : « Les compagnies de grenadiers des bataillons de Bordeaux avaient pris la droite et ceux du 110e régiment la gauche, accompagnés par des volontaires du pays, pour tourner l’ennemi au poste des Moulières… ».
  14. D’après Goupilleau de Montaigu, ces deux drapeaux blancs flottaient « sur les hauteurs qui dominent le bourg » de Beaulieu (Chassin, op. cit., p. 249). Le bourg de Beaulieu-sous-la-Roche se situe sur une hauteur défendue au sud par la vallée du Jaunay.
  15. Environ 150 insurgés défilaient dans des champs couverts de bois sur la droite (ibidem).
  16. Goupilleau rapporte que « suivant leur coutume, ils (les insurgés) se mettaient sur le ventre, dès qu’ils voyaient mettre la mèche et se relevaient aussitôt après le coup ».
  17. Huit coups de canon selon Goupilleau.
  18. Goupilleau estime à 2.000 hommes le gros corps de l’armée des rebelles, alors qu’on lit chez Gabory que Joly, du Chaffault et Rorthais n’en commandaient que 600 (Émile Gabory, Les guerres de Vendée, Laffont, 1989, p. 153).
  19. « Rorthais, oncle de l’un des chefs, a été fait prisonnier, nanti d’une correspondance précieuse. C’est le seul que nos soldats aient ménagé, pour en tirer une vengeance publique » (Chassin, op. cit., p. 249). Louis-René de Rorthais, seigneur de la Savarière, 74 ans, demeurant à la Rochette en Beaulieu-sous-la-Roche, fut envoyé le 2 mai 1793 aux Sables. Il y subit un interrogatoire et fut condamné à mort le jour même par une commission militaire, pour « avoir fait partie de l’attroupement en qualité de commandant, fait des billets pour sommer des bouviers pour les brigands, pour les avoir autorisés à piller les pain, vin, bois et bestiaux des patriotes, d’avoir d’arboré la cocarde blanche, et qu’il a été arrêté à la suite du combat de Beaulieu, armé d’un fusil et d’un couteau de chasse ». Les documents qu’il portait sur lui et qui furent saisis par Goupilleau, sont conservés dans le fonds Dugast-Matifeux. Goupilleau mentionne Joly (Jean-Baptiste) et du Chaffault (Alexis-Gilbert) comme chefs.
  20. Le Patrimoine des Communes de la Vendée, Flochic, t. II, p. 626.