Le Centre Vendéen de Recherches Historiques a récemment publié le journal d’un prêtre réfractaire, l’abbé Paillaud, curé de Nieul-le-Dolent, contraint à l’exil en Espagne en 1792. S’il dépeint ce pays, ses villes et ses paysages tels qu’un voyageur français pouvait les voir au XVIIIe siècle, ce témoin décrit aussi la rude vie de ces prêtres qui durent attendre la fin de la Terreur pour espérer rentrer chez eux.

CVRH

Les prêtres et religieux contraints à l’exil en raison de leur opposition au serment constitutionnel furent des dizaines de milliers à quitter la France, en vertu d’un décret votée par la Législative le 26 août 1792 (1). Ils s’éparpillèrent vers la Westphalie, la Savoie, les terres italiennes, ou bien embarquèrent dans les ports de l’Atlantique en direction de Jersey, de l’Angleterre ou de l’Espagne, pour de longues années.

Peu d’entre eux ont cependant laissé un récit de leur périple comme le fit l’abbé André-Thomas Paillaud (2). Né en 1759 à L’Ile-d’Olonne, ce prêtre fut d’abord vicaire d’Aizenay en 1783, brièvement curé de Chauché à la fin de l’année 1787, puis de Nieul-le-Dolent l’année suivante (3). C’est là qu’il refusa de prêter le serment constitutionnel, ce qui le condamna à l’exil.

L’abbé Paillaud s’embarqua alors sur un chasse-marée aux Sables-d’Olonne, le 22 juin 1792, en compagnie de MM. Giraudeau, curé de L’Ile-d’Olonne, Mauclerc, du couvent des Cordeliers d’Olonne, Micheau, vicaire, Gourdain, vicaire des Sables, et Daniel, vicaire de Saint-Hilaire-de-Talmont. Ils mirent pied à terre trois jours après, à Saint-Sébastien. De Vitoria, la pérégrination de l’abbé Paillaud sur les routes d’Espagne le mènera jusqu’en Andalousie, en passant par Madrid.

Le curé vendéen profita de son voyage pour visiter son pays d’accueil et livrer un captivant récit de son voyage (4). Son séjour à Cordoue, où il arrive à la mi-novembre 1792, occupe notamment des dizaines de pages de son journal, remplies de descriptions détaillées et émerveillées de ce que la région compte de trésors d’art et d’architecture.

L’abbé Paillaud n’est pourtant pas qu’un simple touriste. Son journal témoigne aussi de la vie et des difficultés de ces prêtres exilés qui, s’ils furent généralement bien reçus en Espagne, n’en souffraient pas moins de privations matérielles dans leur quotidien et de restrictions dans l’exercice de leur ministère.

Revenu en France après cinq années d’exil, l’abbé Paillaud fut nommé en 1802 curé de L’Ile-d’Olonne, sa paroisse natale, qu’il desservira jusqu’à sa mort vingt ans plus tard.

Édité en novembre 2020 par le C.V.R.H., Le périple en Espagne d’un curé en exil. Journal de l'abbé Paillaud (1792-1797) (264 pages, 23 €) a été complété d’une présentation et d’annotations de Johan Vincent, chercheur contractuel à l’Université d’Angers et auteurs de plusieurs publications sur l’histoire de la Vendée et de son littoral.
   


Notes :

  1. Les sexagénaires et les infirmes en étaient exemptés. À Angers, on les enferma à la Rossignolerie, d’où ils ne sortirent que pour être noyés dans la Loire à Nantes.
  2. Rappelons l’article de Michel Chatry, Une lettre de Majorque arrivée en Vendée, paru dans la Revue du Souvenir Vendéen n°285 (hiver 2018), pp. 40-47.
  3. Il permuta de paroisse, entre Chauché et Nieul-le-Dolent, avec l’abbé Lebouc.
  4. La Vendée historique l’a publié en épisodes sur plusieurs numéros à partir du 5 janvier 1898 (mais le récit s’interrompt dans le numéro du 20 septembre 1899) sous le titre : Cinq ans en exil. Journal d’un prêtre vendéen en exil