Dans le catalogue d’une vente aux enchères de tableaux, meubles et objets d’art, qui se tiendra à Nevers à la fin du mois, figure une huile sur carton bien modeste intitulée : Le château de Clisson. Mais c’est au dos de l’œuvre que se cache une note qui lui donne tout son intérêt.

Chateau de Clisson 1   Au pied de l'Arbre des Vendéens, dans la cour du château de Clisson, une femme s'incline sur le lieu d'un massacre de 1794
   

On doit ce petit tableau (21,5 x 28,2 cm) à Charles-Nicolas Ransonnette (1793-1877), un dessinateur, graveur et peintre qui exprima son talent principalement dans des paysages et des scènes champêtres. Cette représentation du château de Clisson, commune située à la pointe sud-est de la Loire-Atlantique, ne fait pas exception.

Il s’agit en fait de la cour seigneuriale vue depuis le côté sud en direction du châtelet (visible en partie sur la gauche) et de l’ancienne chapelle. À la porte de celle-ci, une femme assise file la laine, tandis qu’une autre se tient agenouillée, presque prostrée, au pied d’un sapin, resté dans la mémoire locale comme l’Arbre des Vendéens. J’ai eu l’occasion de raconter ici son histoire qui participe au souvenir d’un massacre perpétré par des soldats républicains le 8 février 1794.

Une note portée au dos du tableau en donne l’explication :

Peint par Ch. Ransonnette en 7bre (septembre) 1854.

Vue prise au Château de Clisson dans la 4me cour dite d’honneur. Il existait au milieu de cette cour un très beau puits taillé dans le roc et extrêmement profond. Il est actuellement comblé. Des scènes horribles ensanglantèrent ce lieu en 1793 et 1794.

En 1793, le général Croussat (1), après avoir trouvé caché dans une cave du château plus de cinquante personnes, hommes, femmes et enfants, les a fait jeter vivants dans ce puits et d’autres victimes. Il est dit plus de trois cents ont été jointes à ces malheureux (2).

Mr. Lemot (3), statuaire membre de l’Institut de France, mort le 6 mai 1827, a fait planter sur cet emplacement un sapin au commencement de ce siècle.
   

Chateau de Clisson 2La note au dos du tableau
       

Ce tableau de Charles-Nicolas Ransonnette sera proposé le dimanche 31 janvier 2021, à partir de 14h00 à la maison de ventes aux enchères Métayer, 7 place Saint-Laurent, à Nevers (lot n°578, estimé 100 à 150 €).

 

À lire sur le massacre du château de Clisson :


Notes :

  1. Crouzat, bien qu’il se soit agi en fait de soldats de la colonne de Cordelier, et de l’année 1794.
  2. On sait à présent, grâce aux fouilles entreprises en 1960 par le Docteur Charles Coubard, président du Souvenir Vendéen, après la mort de l’arbre, que le puits refermait les restes de 18 victimes, dont 5 enfants. Leur identité et leur généalogie ont été étudiées dans un article paru dans le catalogue de l'exposition Château de Clisson : Cent ans de découvertes architecturales, archéologiques et de travaux, paru en 2018.
  3. François-Frédéric Lemot (1771-1827), créateur du domaine de la Garenne-Lemot à Clisson.