Prononcé à l’Assemblée le 3 février 1834, le discours de Lamartine évoquant « les désordres qui désolent encore les départements de l'Ouest » m’a rappelé une lecture récente sur la dernière guerre de Vendée et sur les bandes armées qui donnèrent du fil à retordre aux autorités civiles et militaires de l’époque.

La derniere guerre de Vendee

L’ouvrage en question, intitulé La dernière guerre de Vendée. La duchesse de Berry et les légitimistes, 1830-1840, est tiré de la thèse que son auteur, Laurent Morival, a soutenue à Nantes en 2000. On connaît bien sûr les protagonistes et le déroulement de la tentative de soulèvement de 1832. Hugues de Changy, Thérèse Rouchette et bien d’autres historiens en ont livré tous les détails. Laurent Morival a cependant innové dans ce domaine en s’aventurant au-delà du récit épique de la noblesse légitimiste de Vendée, afin de sortir de l’ombre les paysans qui prirent part à ce mouvement insurrectionnel.

Le « légitimisme populaire » au cœur de l’histoire

La première partie place d’emblée ces ruraux au centre de cette histoire, à travers l’étude des 345 actes de la « chouannerie » enregistrés au cours de la décennie 1830 dans le cadre du département de la Vendée. Puisant directement dans les archives judiciaires, les rapports administratifs, mais aussi dans quelques fonds légitimistes privés, l’auteur a reconstitué les bandes armées, leur répartition géographique correspondant aux foyers d’insurrection de 1793, et leur mode d’action qui s’exprime généralement dans des actes séditieux : on arbore la cocarde blanche, on crie « Vive Henri V ! », on insulte les représentants et les symboles du nouveau régime de Louis-Philippe. Les acteurs de cette « chouannerie », ou de ce « légitimisme populaire » comme le désigne si justement Laurent Morival, sont des insoumis qui rassemblent des réfractaires au service militaire et des déserteurs. Une partie de la population leur apporte un soutien matériel et moral, faute de pouvoir exprimer son mécontentement par le vote, le suffrage censitaire excluant les classes les moins aisées.

Le corps de l’ouvrage se divise chronologiquement en trois parties. La première couvre la période allant de la révolution de Juillet à l’été 1832, une période qui vit éclater plusieurs formes d’opposition au nouveau régime, d’abord en réaction aux mesures anticléricales ressenties parfois comme une nouvelle persécution. Les cadres administratifs et politiques furent renouvelés, certains maires refusant de prêter serment de fidélité à Louis-Philippe, mais c’est surtout sur le terrain militaire que la pression, ou plutôt la répression, se fit sentir. Quadrillage du département, fouilles des maisons, installation chez les habitants et à leurs frais, la présence des soldats et de gendarmes s’accroît considérablement en 1830, alors même que la Vendée reste calme.

L’échec de 1832

La situation se tend à partir de 1831. Face aux provocations antireligieuses, politiques et militaires des autorités, les ruraux trouvent un exutoire à leur colère dans le projet de restauration de la monarchie légitime défendu par la noblesse du pays. L’auteur en explique l’organisation en étudiant le rôle de personnages comme Aymar de La Tour du Pin Gouvernet, et en explorant plusieurs bandes armées, comme celle de Charles Robert de Lézardière des Châtaigniers dans le Marais, ou celle de Jean-René Gaboriau à qui le « général Diot » a confié le commandement dans la région de Pouzauges (un organigramme donné en annexe en décrypte parfaitement le fonctionnement).

Ce projet aboutira à la tentative de soulèvement menée par la duchesse de Berry au printemps 1832, qu’on suit dans la deuxième partie de l’ouvrage. Mal coordonné, enrayé dans la Vendée maraîchine, incapable d’entraîner au-delà des bandes armées de ces insoumis, le plan échoue. La majorité de la population, de la noblesse légitimiste, mais aussi du clergé, pourtant héritière de la guerre de 1793, s’est résignée à accepter le nouveau régime.

La troisième partie s’étend sur la période qui suit cette tentative de soulèvement, jusqu’à 1835, et qui fut marquée par la personne du préfet Jacques-Christian Paulze d’Ivoy, promu nouveau « pacificateur » de la Vendée. Ces années voient affluer les cas de « chouannerie » devant les tribunaux, et même la cour d’assises, bien que les cas se raréfient au fil des ans, surtout après la fin de l’état de siège en 1833. Ils disparaîtront quasiment au cours des années 1836-1840, développées dans la quatrième partie. Il semble alors que la Vendée soit rentrée dans le rang, mais une bonne part de ses habitants n’en demeure pas moins hostile au régime de Louis-Philippe.

L’échec de 1832 et sa répression auront façonné l’image de la Vendée. La noblesse légitimiste rentre dans ses terres pour y développer l’agriculture, le clergé renonce lui aussi à la politique, et les populations rurales les rejoignent dans ce repli au sein d’une mémoire qu’ils vont entretenir ensemble pour les années à venir. Tandis que dans le camp adverse, cette Vendée « terre de fidélité » focalise une hostilité, voire un rejet qui perdurera tout autant, au moins jusqu’à la Première Guerre mondiale.


Laurent Morival, La dernière guerre de Vendée. La duchesse de Berry et les légitimistes, 1830-1840, La Geste, 2020, 488 pages, 25 €