En ce jour anniversaire de la naissance de Victor Hugo – c’était le 7 ventôse an X, soit le 26 février 1802, à Besançon – il n’est pas inutile de rappeler quelques vérités sur les origines réelles du grand écrivain, et non celles que son imagination fertile a réécrites en tordant le cou à l’Histoire.

Victor Hugo

Qui ne saurait s’émouvoir en lisant les derniers vers de ce poème des Feuilles d’automne (1831), où Victor Hugo rend hommage à ses parents :

« … Aimant la liberté pour ses fruits, pour ses fleurs,
Le trône pour son droit, le roi pour ses malheurs,
Fidèle enfin au sang qu’ont versé dans ma veine
Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne
. »

Et qui n’a pas cru tenir en ses mains l’un des plus beaux ouvrages sur les Guerres de Vendée en parcourant son célèbre roman Quatrevingt-treize ? (1)

Un conseil : oubliez tout, et soulevez le voile de ce légendaire merveilleux pour connaître la véritable histoire vendéenne des parents de Victor Hugo, sans oublier ce qui se cache derrière la trame de ce Quatrevingt-treize qui fit tant de mal à la Vendée, et plus encore à la Chouannerie.

Pour cela je vous recommande un livre, celui dans lequel Tanneguy Lehideux a patiemment reconstitué la vie de Joseph-Léopold-Sigisbert, alias Brutus Hugo, « ce héros au sourire si doux » comme le décrit Victor dans son poème Après la bataille, un officier sans-culotte très actif dans l’armée commandée par le général Turreau en 1794, principalement dans le secteur du château d’Aux où les Bleus fusillaient les habitants des environs à tour de bras. On peut douter que Brutus ait inculqué à Victor le moindre culte du trône ou le respect du roi, comme le poème pourrait nous le suggérer. Tanneguy Lehideux a si bien exploré la carrière de ce personnage, et celle de son acolyte Muscar, que cette première partie volumineuse (plus de 160 pages) pourrait constituer à elle seule une histoire de cette région au sud de Nantes, sur cette ligne de front de l’insurrection à laquelle la plupart des auteurs prêtent généralement peu d’attention.

La deuxième partie du livre s’intéresse à la mère de Victor Hugo, Sophie Trébuchet, une mère qui n’a été vendéenne que dans l’imagination de son fils et dont la propre famille, on ne peut plus révolutionnaire puisqu’elle se complaît dans l’environnement de Carrier à Nantes, a envoyé à la mort nombre de Vendéens. Le récit se poursuit avec la rencontre de Brutus et Sophie, puis leur séjour à Châteaubriant. Ils auront cette fois affaire aux Chouans, sans plus d’égards.

Tanneguy Lehideux conclut son livre par une étude du Quatrevingt-treize à l’aune des éléments historiques et biographiques qu’il a pu rassembler précédemment, ce qui offre enfin une lecture claire de ce qui se cache derrière le dernier roman de Victor Hugo, que celui-ci écrivit comme une absolution du passé de son père.

À l’instar de Simone Loidreau (2), « nous ne pouvons que déplorer la faiblesse de ce géant de notre littérature qui, rougissant de ses origines modestes, se targua d’aïeux imaginaires, et se crut obligé de falsifier le passé des autres », en l’occurrence le passé des Vendéens et des Chouans.
    

Tanneguy Lehideux, Vendée, Quatrevingt-treize. Brutus, Sophie et Victor, ou la légende de Victor Hugo, Pays et Terroirs, 2020, 348 pages, 23 €.
   


Notes:

  1. On se souvient qu'à la fin de l'émission de Franck Ferrand, L'ombre d'un doute, consacrée à Robespierre et diffusée le 7 mars 2012 sur France 3, Quatrevingt-treize d'Hugo fut le livre que Clémentine Portier-Kaltenbach recommandait plus que tout autre pour découvrir et comprendre les Guerres de Vendée.
  2. Simone Loidreau, Les origines vendéennes de Victor Hugo : légende ou vérité ? Revue du Souvenir Vendéen, n°135 (juin 1981), pp. 14-44.