La maison Osenat présente dans une vente aux enchères qui aura lieu demain à Fontainebeau le superbe portrait d’un officier des hussards de la mort, peint par Guido Sigriste en 1890. Ces cavaliers redoutés ont laissé une forte empreinte dans la mémoire vendéenne.

Hussard de la mort 1Détail du tableau de Guido Sigriste, Officier des hussards de la mort (1890), extrait du catalogue de la maison Osenat, « L'Empire à Fontainebleau » (22 mars 2021)
    

L’uniforme des hussards de la mort a marqué l’imaginaire vendéen. On l’a vu par exemple dans la reconstitution d’un quartier d’état-major républicain et dans un spectacle vivant au Logis de la Chabotterie, ou encore dans une bande dessinée (1). La suppression de cet escadron en mars 1793 donne à penser qu’il s’agit là d’anachronismes, mais les hussards de la mort étaient encore bien présents en Vendée à l’époque des Colonnes infernales.

Campagne sur les frontières de l’Est

Le 12 juin 1792, l’Assemblée législative décréta la formation de deux compagnies de hussards composés de jeunes volontaires. Cet escadron, qui reçut le nom de hussards de la mort à l’époque où le duc de Brunswick menaçait Paris, s’organisa le 28 juillet suivant à l’École militaire, où on lui attribua les chevaux de l’ancienne garde constitutionnelle du roi. Un décret du même jour fixa l’uniforme de ces cavaliers, entièrement noir à l’exception des galonnages, des boutons et d’un ornement représentant une tête de mort sur deux tibias croisés, placé sur le mirliton, les avant-bras et la sabretache.

Les hussards de la mort quittèrent Paris le 2 septembre 1792. Ils participèrent à la bataille de Valmy, à la prise de Longwy et de Verdun en octobre, avant de poursuivre leur marche vers le Rhin. Cependant, les effectifs de l’escadron avaient à ce point diminué au cours de cette campagne que ses membres adressèrent une pétition à la Convention afin d’être réunis à un autre corps de cavalerie, ce qui leur fut accordé le 5 mars 1793 en les absorbant au 14e régiment de chasseurs à cheval.

Campagne en Vendée

Ce régiment fut envoyé en Vendée quelque temps après. L’adjudant général Cavrois reçut en effet l’ordre du ministère de la Guerre, le 21 avril 1793, « d’aller organiser à Fontainebleau la Légion des Alpes avec les hussards de la mort et de l’égalité pour envoyer vite au g(énér)al Berruyer tout ce qui sera disponible dans ces trois corps quand ils seront amalgamés » (2).

Si l’escadron des hussards de la mort n’existait plus en tant que tel, ses cavaliers demeurèrent en Vendée encore une année au moins au sein du 14e régiment des chasseurs à cheval, qui sera intégré à la colonne du général Grignon au début de 1794.

Il semble même qu’ils aient conservé leurs uniformes noirs à têtes de mort, à en croire l’abbé Augereau qui y fait allusion à propos du camp républicain des Oulleries au mois de mars de cette année infernale : ce camp « renfermait les débris de la plupart des corps qui avaient combattu dans la Vendée. On trouvait là des Mayençais, des chasseurs de Cassel, des hussards de la Mort, des artilleurs et des fantassins de toute catégorie. Tous ces hommes combattaient à pied, au moins pour le moment, et formaient un assemblage un peu bizarre, dans lequel on voyait les uniformes les plus disparates figurer dans les mêmes rangs » (3).
   

Ces hussards de la mort en Vendée ressemblaient probablement au portrait peint par Guido Sigriste (1864-1915) en 1890. Seule la sabretache de ce cavalier a conservé l’emblème macabre de ce corps. Le tableau ci-dessous, estimé entre 1.000 et 1.500 € (lot n°24), sera mis en vente le lundi 22 mars 2021, à partir de 10h30, à la maison de vente Osenat, 9 rue Royale à Fontainebleau.
   

Hussard de la mort 2


Notes :

  1. R. Secher, R. Le Honzec, Vendée 1789-1801, Fleurus, 1988, p. 31.
  2. SHD B 5/3-72. Le général Berruyer commandait à l’époque l’armée de Réserve, qui deviendra à la fin du mois d’avril 1793 l’armée des Côtes de La Rochelle. Son offensive lancée contre l'insurrection dans les Mauges à cette époque s'acheva par un échec cuisant. 
  3. Louis Augereau, Le camp des Ouilleries, Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, 1er semestre 1874, p. 339.