Trois châteaux furent visés par les représailles qui suivirent le soulèvement paysan de mars 1793 dans l’est du Morbihan : ceux de Rochefort, du Bois de la Roche et de la Brétêche, mais il semble qu’il y ait eu une confusion pour ce dernier.

Signatures de Guermeur et LemaillaudSignatures des représentants Guermeur et Lemaillaud au bas de leur arrêté concernant la démolition des châteaux de Rochefort, du Bois de la Roche et de la Brétêche (AN AF II 265A 10)
   

On ne répétera jamais assez que l’insurrection contre la levée des 300.000 hommes ne limita pas à la seule Vendée. Plusieurs régions au nord de la Loire furent également gagnées par la révolte, depuis le Segréen jusqu’à la Brière, le pays de la Vilaine, etc. Cependant, à la différence des bocages au sud du fleuve, la répression s’abattit ici avec plus de force, de rapidité et de sévérité.

La Roche-Bernard et Rochefort aux mains des insurgés

L’insurrection secoua violemment l’est du Morbihan. Le 15 mars 1793, 5.000 paysans envahirent La Roche-Bernard ; ils la conserveront durant deux semaines. Le lendemain, une partie des vainqueurs rallia les insurgés des environs de Ploërmel, Redon et Muzillac qui se lancèrent à l’assaut de Rochefort. Les défenseurs de la ville se retranchèrent dans le château, mais finirent par céder. Là encore la cité demeura aux mains des rebelles jusqu’à la fin du mois.

Le 19 mars, le Conseil général du Morbihan fit part au ministre de la Guerre de cette situation critique : « Des attroupements considérables se sont manifestés sur presque tous les points de notre département. La plupart de nos districts sont menacés de toutes les horreurs d’une guerre civile. Pontivy a éprouvé un choc terrible, La Roche-Bernard est un des endroits qui ait le plus souffert (…) L’attroupement est actuellement maître du chef-lieu du district de Rochefort (…) L’insurrection est générale, les individus qui la composent sont en très grande partie armés de fusils et de piques, les autres ont des instruments aratoires et tranchants ; on y a même aperçu du canon » (1).
   

Chateau de RochefortLes ruines du château de Rochefort après la Révolution, sur le cadastre napoléonien (A.D. 56, 3 P 241/3)
    

La contre-attaque républicaine

L’insurrection fut reprimée une semaine après. Le 28 mars, le général Labourdonnaye annonça au même ministre que « le général de brigade Petit Bois (2) a fait marcher de Vannes un détachement de 1.200 hommes qui a enlevé le château de Rochefort où les rebelles avaient réuni quelques moyens de défense. On y a tué aux environs de 200 révoltés et on a conduit plusieurs prisonniers à Vannes » (3). Le Conseil général du Morbihan en rendit compte également, ajoutant que l’armée était précédée de deux guillotines. « La nôtre a aussi parti pour Pontivi mardi matin et nous en faisons faire une autre » (4).

Deux représentants du peuple jouèrent un rôle majeur dans les représailles : Jacques Guermeur et Joseph Lemaillaud, respectivement députés du Finistère et du Morbihan (5). Ils formaient un binôme envoyé dans leurs départements afin d’y veiller à l’application de la levée des 300.000 hommes. Dans un courrier adressé à la Convention le 2 avril, les deux « commissaires dans le Finistère et le Morbihan » annoncèrent la reprise de Rochefort le 30 mars, suivie par celle de La Roche-Bernard par l’adjudant général Beysser qui poursuivit sa marche sur Guérande dont il s’empara. Ils recommandaient toutefois la démolition du château de Rochefort, considérant que les rebelles pourraient s’y établir à nouveau, et aussi celui de « la Bretèche, situé à proximité de la Roche-Bernard » (6).

À la lecture de cette lettre, on comprend qu’il doit s’agir du château de la Bretesche, sur la commune de Missillac, à seulement 12 km de La Roche-Bernard (illustration ci-dessous). On sait que Beysser séjourna dans cette demeure fortifiée et cernée de douves, qu’il trouva intéressante sur le plan militaire, mais dont il déplorait le pillage que les insurgés y avaient commis (7).
   

Chateau de la Bretesche en MissillacLe château de la Bretesche en Missillac vers 1845, avant sa reconstruction
   

Où se trouve le château de la Brétêche ?

Or les deux représentants donnèrent une description qui ne ressemble en rien à ce château. Ils avaient demandé au général du Petit-Bois de « convoquer sur-le-champ une assemblée de son état-major et en général de tous officiers et militaires expérimentés des différents corps, à l’effet de délibérer sur le point de savoir s’il est plus avantageux de démolir actuellement les châteaux de Rochefort et de la Brétêche ou d’en différer la démolition » (8). Pour le premier il fut décidé à l’unanimité de l’abattre « très incessament » étant donné qu’il ne présentait aucune ressource, qu’il nécessitait une forte garnison pour garder cet objet inutile, et qu’il pouvait servir de repaire aux brigands.

Pour le château de la Brétêche en revanche, le conseil d’état-major estima qu’il était « bâti dans le genre d’une maison ordinaire (…), n’étant deffendu par aucun fossé ni autre système de fortification, très à portée du grand chemin, et accessible sans traverser la forêt qui l’avoisine » (9) ; par conséquent il n’y avait aucun danger à le laisser subsister. Cela ne correspond donc en aucune façon au château de la Bretesche en Missillac.

La délibération fut transmise au Conseil général du Morbihan qui déclara « ne pouvoir donner aucun avis qu’au préalable les lieux n’aient été visités par un ingénieur ou autres personnes de l’art ». Il arrêta en outre, le 1er avril, que le château du Bois de la Roche, situé dans la paroisse de Guilliers, district de Ploërmel, et qui présente les mêmes inconvénients et aussi les mêmes dangers que celui de Rochefort, serait démoli (10).
   

Le Bois de la RocheLe château du Bois de la Roche sur le cadastre napoléonien de Néant-sur-Yvel (en jaune, la partie encore ruinée après la Révolution (A.D. 56, 3 P 192/5)
   

Mais quel pouvait être cette Brétêche bâtie dans le genre d’une maison ordinaire, sans aucun fossé ni fortification ? Peut-être cette bâtisse toute simple, indiquée sous le nom de « Bertèche » sur le cadastre napoléonien de la commune de Saint-Brieuc-de-Mauron, dans les environs de Guilliers et du château du Bois de la Roche. Si c’est le cas, on comprend que l’état-major du général du Petit-Bois n’y ait vu aucun danger.

Le château de la Bretesche en Missillac, quant à lui, ne connaîtra qu’un sursis. Il sera brûlé le 17 octobre 1793 par le général Avril : « J’étais instruit, écrit ce dernier au district de Savenay, du passage de quarante coquins (…) ; je leur ai donné la chasse dans la forêt de la Bretèche, et je me suis déterminé à mettre le feu au château dans la crainte que les brigands ne s’en emparent » (11).
   

Carte Morbihan 1790Localisation des lieux cités sur la carte du Morbihan de 1790
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Notes :

  1. SHD B 5/13-32.
  2. Agathon Pinot du Petit-Bois (Rennes 1742 – Paris 1809), officier sous l’Ancien Régime, député d’Ille-et-Vilaine à la Législative, reprit ses fonctions militaires en 1792.
  3. SHD B 5/13-46. De son côté, l’adjudant général Beysser réprima les insurgés dans la région de Redon.
  4. Ibidem.
  5. Jacques-Tanguy-Marie Guermeur (Quimper 1750 – Quimper 1798) et Joseph-François Le Malliaud de Kerhanos (Locminé 1753 – Vannes 1830).
  6. Recueil des actes du Comité de Salut public, t. III, p. 38.
  7. Léon Maitre, L’ancienne baronnie de La Roche-Bernard, 1893, p. 101.  
  8. AN AF II 265A 10, pièce 47.
  9. L’avis du conseil militaire émis le 31 mars 1793 a été numérisé sur le site des A.D. 85 sous la cote SHD B 5/13-51. Il fut transmis à Guermeur et Lemaillaud qui informèrent en conséquence la Convention, le 2 avril suivant, « qu’on a point regardé comme dangereux » le château de la Bretèche (Recueil…, op. cit., p. 38).
  10. AN AF II 265A 10, pièce 47. Le château du Bois de la Roche se situe en fait sur la commune de Néant-sur-Yvel. Il avait déjà fait parler de lui lors d’une émeute de paysans des paroisses environnantes qui fut écrasée à cet endroit le 5 février 1790.
  11. Léon Maitre, op. cit., p. 101.