En 1805 parut à Londres un ouvrage anonyme intitulé Guerre de Vendée – Campagne de 1793. Il fut d’abord attribué à Henri Forestier, puis à la comtesse d’Oeynhausen, dont le rôle auprès de ce jeune général vendéen resta longtemps obscur. Frédéric Augris vient de faire la lumière sur la genèse de ce livre au milieu des complots, des trahisons, des meurtres et des espions.

Oeynhausen

Frédéric Augris s’est fait une spécialité de la vie d’Henri Forestier. Il en a publié la première biographie en 1997 (1), qu’il a complétée depuis lors par plusieurs articles foisonnants sur son site internet Des écrits et de l’histoire :

Sa dernière publication résout une nouvelle énigme, celle des mémoires attribuée à Henri Forestier, rédigés en réalité par la comtesse d’Oeynhausen, une femme mystérieuse au destin hors du commun, qui passait tantôt pour la maîtresse du général vendéen, tantôt pour son empoisonneuse (2).

L’alliance d’une Portugaise et d’un Vendéen contre Napoléon

Né en 1750 au sein de la riche famille des Tavora, la jeune Leonora de Almeida Portugal Lencastre et Lorena était promise à une vie des plus agréables, lorsqu’elle fut entraînée à l’âge de 8 ans par la chute de ses proches parents impliqués dans une tentative d’assassinat contre le roi Joseph Ier. Enfermée dans un couvent avec sa mère et ses sœurs, elle y reçut la meilleure éducation. Elle recouvra la liberté en 1777 et épousa l’année suivante le comte Karl August Von Oeynhausen, dont les fonctions au Portugal et à la cour de Vienne lui permirent de voyager et de rencontrer de nombreuses personnalités de l’époque.

Admiratrice des Lumières, la comtesse d’Oeynhausen n’en était pas moins un agent contre-révolutionnaire des plus actifs et une farouche adversaire de Napoléon Bonaparte. Elle trouva un allié précieux en la personne d’Henri Forestier pour combattre la menace française. Ce dernier avait quitté la France à l’été 1796, après la fin de la guerre en Vendée. Cherchant des appuis en Espagne et en Angleterre pour préparer une nouvelle insurrection, il rencontra au cours de son périple la comtesse d’Oeynhausen, dont la correspondance traduit une atmosphère pesante de complots et de traque policière à travers l’Europe, en particulier pendant l’affaire des plombs. La conjuration fut déjouée en 1804, ce qui poussa Leonora vers un nouvel exil à Londres, où elle retrouva Henri.

On s’est souvent posé la question des relations entre le général vendéen et la comtesse. Frédéric Augris apporte là tous les éléments pour en cerner la nature. Il met à mal d’autre part les allégations de Bertrand de Saint-Hubert, qui lorgnait sur l’argent que l’Angleterre avait versé à Forestier, et celles de Jean-Baptiste Leclerc qui accusaient Leonora d’avoir empoisonné son amant.

Les deux versions des « Mémoires » de Forestier

C’est au cours de ce séjour à Londres, précisément en 1805, que fut publié l’ouvrage anonyme Guerre de la Vendée – Campagne de 1793. On sait désormais qu’il fut rédigé par la comtesse d’Oeynhausen, à laquelle le général vendéen avait raconté son épopée vendéenne. « Sous sa plume, Henri Forestier passera du grand comploteur au héros épique… » peut-être trop à son goût, car après une première version qui a fait l’objet d’une réimpression en 1977 (3), une seconde, corrigée par l’intéressé, fut publiée peu après. C’est cette version jusqu’alors inconnue que Frédéric Augris reproduit en fac-similé dans son livre, en y ajoutant l’analyse comparative des deux textes.

On aurait aimé que le récit se poursuive sur les années de lutte après 1796, mais la mort brutale de Forestier en 1806 mit fin à l’action politique de Leonora. On la connaîtra désormais, après son retour au Portugal en 1814, comme l’une des plus grandes poétesses de son temps, et l’on oubliera pour longtemps son soutien à la cause vendéenne. Il est donc heureux que Frédéric Augris ait ramené dans la lumière l’égérie d’Henri Forestier.

  
Frédéric Augris, La comtesse d’Oeynhausen et la Vendée, suivi d’un fac-similé de la seconde édition de Guerre de la Vendée - Campagne de 1793, W. Spilsbury 1805, auto-édition, 23 août 2021, 410 pages, 17 €. En vente sur Amazon.
   


Notes :

  1. Frédéric Augris, Henri Forestier, général à 18 ans, Éditions du Choletais, 1997, 258 pages.
  2. Pierre Gréau, La comtesse d’Oeynhausen, égérie du héros vendéen Henri Forestier, Revue du Souvenir Vendéen n°250 (mars 2010), pp. 18-21.
  3. Réimpression par la librairie nantaise Yves Vachon.