Un lecteur, qui s’est récemment porté acquéreur d’un autographe de Jacques Cathelineau, premier généralissime des armées vendéennes, m’a demandé combien de documents de ce genre sont connus. Il semble bien qu’il y en ait très peu.

273 CathelineauL'autographe de Cathelineau proposé à la vente aux enchères de la maison Rossini le 20 avril 2022
   

L’intéressé a en effet eu la chance de remporter l’enchère pour un billet signé de la main de Cathelineau le 2 avril 1793, lors d’une vente exceptionnelle d’autographes qui s’est déroulée les 20 et 21 avril derniers.

On relève la même griffe sur deux autres pièces conservées aux Archives nationales sous la cote AN W 468-7. La première est une lettre signée par Désessarts, Cathelineau et Beauvollier, rédigée « au nom de Sa Majesté très chrétienne » à Fontenay-le-Comte, « l’an Ier du règne de Louis 17 Roi très chrétien ». Il y est écrit : « Les commandants généraux des armées catholiques et royales, d’après le résultat des délibérations de l’assemblée tenue par leurs ordres dans l’église de l’hôpital général, laquelle assemblée a nommé membres du conseil provisoire MM. Queneau, Pichard la Caillère, Carrière, Prieur, De Grimouard Duvignaux, Robert Daniel, Savary Calais, Isaac Guillet, Pranger (1), enjoignent à ces messieurs au nom du Roi de se charger à l’instant de leur départ, de tous les détails de l’administration, et de se conformer exactement sous leur responsabilité à tous les ordres émanés des chefs des armées catholiques et royales ». 

AN W 468-7 1La signature de Cathelineau au bas de la lettre adressée au conseil provisoire de Fontenay-le-Comte (AN W 468-7)
   

La seconde lettre, signée par Désessarts, Duhoux d’Hauterive, La Rochejaquelein, Donnissan, Lescure, Cathelineau, Beauvollier et Marigny, date aussi de l’époque de la prise de Fontenay-le-Comte par les Vendéens, le 25 mai 1793. On y lit : « Vous devez avoir reçu quatre exemplaires d’une adresse aux Français que nous vous avons envoyée par le tambour de la ville. Nous vous en ferons passer d’autres successivement que vous voudrez bien faire afficher de suite partout où le besoin sera. Vous voudrez bien aussi, Messieurs, sans désemparer choisir parmi vous quelqu’un qui ait votre confiance pour se rendre à St Laurent sur Sèvre où il sera membre du conseil général central que nous venons d’y former au nom de Sa Majesté très chrétienne Louis 17 roi de France et de Navarre pour le plus grand bien de la religion et de la monarchie, avec lequel conseil communiqueront les conseils provisoires des villes et villages, où nous en avons établis. Nous espérons, Messieurs, que vous vous conformerez de suite à la présente réquisition, etc. » L’Adresse aux Français, dont il est question dans ce texte, a été également signée, entre autres, par Cathelineau, mais on n’en conserve que le texte imprimé (2). 

AN W 468-7 2La signature de Cathelineau au bas de la lettre concernant l'Adresse aux Français (AN W 468-7)
   

Il existe une autre signature de Cathelineau, apposée sur une lettre rédigée par Bonchamps, qui la signe également. Le document est conservé aux Archives du Maine-et-Loire sous la cote 1 L 833. Les deux généraux angevins s’y adressent « à Monsieur le commandant du Comité provisoire de Chemillé à Chemillé » : « Nous recevons dans l'instant, Monsieur, l'avis du départ de 5.000 hommes et de trois pièces de canon. Cette petite armée a dû, selon le rapport que l'on nous a fait, être parti ce matin, vers les six heures, d'Angers, et s'être porté, dit-on, soit sur Chemillé ou Chalonnes. Nous gardons du côté du pont ; mais dans l'incertitude où nous sommes du chemin qu'ils ont pris, nous vous dépêchons quatre courriers, afin de savoir à quoi nous en tenir. Peut-être que le rapport qu'on nous a fait est exagéré, mais tel qu'il soit il faut veiller avec exactitude. Faites nous, s'il vous plaît, Monsieur, une prompte réponse, et nous dépêchez, en cas d'événement, sur le champ un courrier. Nous sommes, Monsieur, vos très humbles serviteurs ». La lettre est signée par Cathelineau et Bonchamps, et datée de Chalonnes-sur-Loire le 23 mars 1793, à 6 heures du soir. 

On peut ajouter à cela plusieurs signatures de Cathelineau antérieures à la Révolution, dans les registres paroissiaux du Pin-en-Mauges :

  • Son acte de mariage avec Louise Godin, le 4 février 1777 (BMS 1774-1778, vue 33/140) ;
  • L’acte de sépulture de sa fille Perrine, le 2 mars 1778, née le 14 février précédent, (ibidem, vue 44) ;
  • L’acte de baptême de sa fille Jeanne-Louise, le 30 avril 1779 (ibidem, vue 54) ;
  • L’acte de sépulture de la même Jeanne-Louise, le 11 février 1780 (ibidem, vue 63).
  • L’acte de décès de sa fille Jacquine-Marie, le 16 septembre 1784 (ibidem, vue 104).

AM Jacques CathelineauSur son acte de mariage, la signature de Jacques Cathelineau côtoie celle de Jean (son père ou son frère)
   

Il est mentionné par ailleurs une reconnaissance par Cathelineau de 16 livres de dette pour l’arrentement de son père après son décès, en date du 26 novembre 1787 à Chalonnes-sur-Loire, mais la source n’est pas précisée.
   


Notes

  1. Sur le Conseil provisoire de Fontenay-le-Comte et ses membres, on lira l’article de Jean Artarit, La prise de Fontenay par les Vendéens, le 25 mai 1793Revue du Souvenir Vendéenn°287 (été 2019), pp. 2-39. 
  2. Médiathèque de Nantes, collection Dugast-Matifeux 4-123-52. L’Adresse aux Français est reproduite (texte et image) dans l’article de Jean Artarit, op. cit., pp. 28-31. On lira d’autre part, sur ce même sujet, l’article de Michel Chatry, L’Adresse de la Convention nationale aux citoyens des départements troublés (23 mai 1793)Revue du Souvenir Vendéenn°206 (mars 1999), pp. 27-32.