Un beau portrait de Jean-Aimé Soyer, officier de l’armée de Bonchamps en 1793, puis major général de celle de Stofflet, a été vendu à Angers le 15 juin dernier. On peut enfin mettre un visage sur le nom de ce valeureux combattant vendéen.

Jean Soyer 3Détail du portrait de Jean-Aimé Soyer, auteur inconnu, époque Restauration (116 x 91 cm). Le tableau était proposé à la vente aux enchères par les SELARL Deloys Judiciaire et SARL Deloys, à Angers, le 15 juin 2022.
      

La révélation du visage de Jean-Aimé Soyer précède ainsi celle de son général, dont la reconstitution, entreprise par l’association du Souvenir Vendéen en novembre 2021, n’a pas encore été dévoilée au public. Voici donc à quoi ressemblait celui que les mémorialistes et les historiens de la Vendée ont cité parmi les plus braves (1). L’abbé Deniau lui consacre d’ailleurs une petite biographie dans le chapitre XXVIII du tome IV de son Histoire de la Vendée.   

Précisons tout d’abord que les Soyer étaient quatre frères, issus du mariage de Jean-François Soyer, cavalier de la maréchaussée à Thouarcé, en Anjou, et de Perrine-Ambroise Rochard :

  • René-François, né à Thouarcé le 5 septembre 1767, fut ordonnée prêtre à Paris le 25 septembre 1791. Il vécut de près les drames de la guerre civile en tant que desservant de la paroisse de Chanzeaux de 1795 à 1800. Il fut ensuite nommé curé de La Salle-de-Vihiers, vicaire général de Poitiers en 1805, et devint enfin évêque de Luçon en 1821. Il mourut le 5 mai 1845.
  • Jean-Aimé, né à Thouarcé le 15 novembre 1768, se montra dès le début très hostile à la Révolution. Incarcéré à Angers, il s’évada, se cacha à Nantes, et rejoignit l’armée vendéenne après la prise de Saumur (9 juin 1793). Il prit part à toutes les campagnes de la Vendée, comme aide de camp, colonel, chef de division, puis major général, grade confirmé le 1er janvier 1796 par Louis XVIII qui lui adressa une croix de Saint-Louis. Une ordonnance royale du 18 janvier 1816 le nomma conseiller de préfecture de Maine-et-Loire, après avoir été maire de Saint-Lambert-du-Lattay de 1813 à 1816. Il mourut à Angers (2e arrondissement) le 17 octobre 1823. Il avait épousé Jeanne-Louise de Grignon le 22 novembre 1802, à La Salle-de-Vihiers. De cette union sont nés deux filles, Jeanne-Anne-Suzanne (1803-1863) et Louise-Marie-Josèphe (1805-1900), et un fils, Jean-Louis-Charles (1808-1898), qui sera prêtre.
  • François, né à Thouarcé le 20 juillet 1775, fut « l’un des meilleurs officiers de l’armée de Stofflet, qui le nomma colonel de cavalerie en 1794 et lui confia le commandement de la division de Cholet » (2). Breveté colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, il devint entreposeur des tabacs à Beaupréau sous la Restauration, et mourut au château de Montmoutier, à Saint-Florent-le-Vieil, le 10 juin 1855. Il avait épousé en 1821, à La Boutouchère, Virginie Mérot, dont il eut une fille, Mathilde (1826-1906).
  • Louis-Pierre, né le 10 octobre 1777, fut aussi méritant que ses aînés. Henri de La Rochejaquelein en fit un capitaine sur le champ de bataille de Dol (21-22 novembre 1793). Aide de camp de d’Autichamp, il finira la guerre avec le grade de lieutenant-colonel en 1800. Devenu percepteur des contributions directes à Pouzauges, puis maire de Montilliers de 1824 à 1830, il fut breveté chef de bataillon et chevalier de Saint-Louis. Il mourut à La Fosse-de-Tigné le 4 avril 1859. Son union avec Renée-Marie Buffebran du Coudray, à Saint-Lambert-du-Lattay en 1807, resta sans postérité.
       

Jean Soyer 1Détail du portrait de Jean Soyer : le panache blanc
   

Au sujet des trois frères Soyer qui prirent les armes en 1793, Madame de La Rochejaquelein écrivit ceci en 1809 : « Je n’ai entendu parler d’eux qu’avec de très grands éloges, mais je n’en sais aucune particularité, ce que je regrette infiniment, et ils ne doivent pas au moins se maltraiter eux-mêmes par excès de modestie » (3).

Jean-Aimé Soyer n’obtint en effet son avancement que par ses faits d’armes : « Je suis successivement parvenu du grade de lieutenant de cavalerie à ceux de capitaine, aide de camp, colonel de cavalerie, et major général, dont le brevet me fut expédié il y a cinq ans par le conseil militaire, écrit-il au comte d’Artois, futur Charles X, le 14 janvier 1800. C’est après avoir reçu de glorieuses blessures, couché sur le lit de douleur, que je recevais de l’avancement, sans l’avoir jamais ni indirectement, ni directement sollicité. J’ai été à plus de cent batailles qui sont fameuses dans l’histoire et j’ai souvent eu l’honneur de contribuer à décider la victoire en faveur de la bonne cause pendant cette guerre fameuse où les Vendéens ont fait mordre la poussière à 200.000 républicains. J’ai versé trois fois mes pleines bottes de sang, je suis couvert de huit cicatrices, et j’ai encore une balle dans le corps » (4).
   

Jean Soyer 2Détail du portrait de Jean Soyer : la croix de Saint-Louis
   

Citons enfin quelques-uns de ses faits d’armes qui lui valurent cette reconnaissance : « À la déroute de Luçon, au risque de sa vie il emporte sur son dos un de ses camarades blessé. Au sac de Châtillon, il préserve par sa vigilance, de concert avec l’intrépide Legeay, la division de Chemillé d’une destruction complète […] À Pontorson, il sauve la vie à un de ses amis qui était sur le point de périr. À Dol, il résiste de toutes ses forces à la débandade des paysans, et contribue puissamment à la reprise de la bataille. Chargé par La Rochejaquelein d’enfoncer, avec ses cavaliers, un corps ennemi, il le met complètement en déroute. Au Mans, il se dévoue pour arracher des rues de la ville Cesbron de Neuvy, qui allait y périr, et fend la tête au républicain qui s’apprêtait à donner le coup de grâce à ce camarade. À Ancenis […], il chargea les troupes de Westermann… » (5) Blessé par méprise par l’un de ses soldats, il parvint à repasser la Loire et fut soigné à la Saugrenière, cette même métairie de La Poitevinière où Stofflet sera capturé deux ans plus tard. À peine remis sur pied, il repartit au combat. « À l’attaque du village de Millé (5 août 1794), au milieu d’une charge des plus brillantes, il tombe atteint d’une grave blessure. » Arraché à la mort par ses hommes, il retourna en convalescence et reprit son épée dès que ses forces le lui permirent. « Après la mort de Stofflet (25 février 1796), le commandement en chef lui allait de droit comme major général, mais il s’effaça pour faire reconnaître d’Autichamp à sa place […] Jean Soyer défendit constamment Stofflet contre ceux qui cherchaient à le dénigrer, exaltant ses talents militaires, son dévouement à la cause royale, sa constance dans les revers, sa brillante tactique, qui méritaient, disait-il, une plus haute glorification que celle qu’on lui a accordée » (6).

On peut regretter que Jean-Aimé Soyer ne nous ait pas laissé de mémoires. Nous conservons cependant de lui des notes qu’il a rédigées pour répondre aux inexactitudes relevées dans l’ouvrage d’Alphonse de Beauchamp, Histoire de la guerre de la Vendée, paru en 1820 (7). D'autre part, le comte de Romain a puisé dans les souvenirs du major général pour écrire ses Souvenirs d'un officier royaliste, comme il l'indique dans l'annexe de cet ouvrage intitulée Récit de quelques faits concernant le guerre de Vendée, relatifs seulement aux habitants de l'Anjou (8). Enfin, Madame de Sapinaud a rapporté dans ses Mémoires une lettre de Jean-Aimé Soyer (9) qui donne des détails sur les événements dont ce dernier fut le témoin privilégié.
   

Jean Soyer
Jean-Aimé Soyer, major général de l'armée de Stofflet
   


Notes :

  1. Mémoires de Madame la marquise de La Rochejaquelein, édition Bourloton, 1889 (réimpr. Pays et Terroirs, Cholet, 1993), p. 143.
  2. F. Uzureau, Jean Soyer, major général de l’armée de Stofflet (1768-1823)L’Anjou historique, 1932, p. 86. Lors de sa visite en Vendée militaire, en 1819, Eugène Genoude déclara en passant à Beaupréau : « Nous trouvâmes à Beaupréau M. François Soyer. C’est le frère de M. Jean Soyer, major général de l’armée de Stofflet, et couvert de cicatrices. Si Stofflet avait écouté M. Soyer, il ne se serait pas séparé de Charette et n’aurait pas fait périr Marigny. » Deniau rapporte lui aussi que Soyer s’opposa de toutes ses forces à la condamnation de Marigny (Histoire de la Vendée, t. VI, p. 126).
  3. Archives Barante. Si elle prétend ne connaître aucune particularité des frères Soyer, la marquise cite cependant une anecdote concernant la témérité de François : « (il) était allé exprès avec un autre brigand dans une maison où ils savaient qu’étaient onze bleus. Ils les attaquèrent, en tuèrent une partie et dissipèrent les autres ».
  4. Uzureau, op. cit., p. 87.
  5. Deniau, op. cit., p. 125.
  6. Ibidem, p. 126.
  7. F. Uzureau, Notes de Jean Soyer sur les guerres de VendéeL’Anjou historique, 1904-1905, pp. 297-306.
  8. Le comte de Romain cite Jean Soyer en pages 7-10 et 56 de ce Récit
  9. Mémoires de Madame de Sapinaud sur la Vendée, Paris, 1824, pp. 198-208