La commune nouvelle de Loireauxence, dont fait partie Varades, a mis à l’ordre du jour de son conseil municipal du 8 juin 2022, la « fin de la mise à disposition de la Maison Bonchamps – Souvenir Vendéen ». Cette décision soulève la question du devenir de cette bâtisse historique. 

Maison BellionLa maison de Bonchamps, ou maison Bellion, au village de la Meilleraie, commune de Varades (commune nouvelle de Loireauxence). Elle appartenait en 1793 à Jean Bellion (voir note 6). C’est là que mourut le général Bonchamps.
  

Le compte rendu du conseil municipal fait état de la situation en ces termes :

« Depuis 1999, la Commune de Varades, puis de Loireauxence, a pu disposer de la Maison Bonchamps dans le cadre d’une convention de mise à disposition avec l’association Le Souvenir Vendéen, propriétaire du bien (1). La Commune verse chaque année une contribution pour cette mise à disposition. En 2022 elle est de 905.21 €. La Commune met à disposition la Maison Bonchamps à l’association Meilleraie Animation pour l’organisation d’événements culturels. 

Les représentants du Souvenir Vendéen ont fait part à la Commune de leur difficulté à mettre aux normes cet espace pour accueillir du public. Les élus de la Commission Animation du Territoire ont effectivement considéré qu’il n’était plus possible de mettre à disposition à une association un espace ne répondant pas aux normes d’accueil du public. En outre, le rachat et les travaux de rénovation de l’immeuble représenteraient un budget trop important pour la Commune. Aussi, la Commission Animation du Territoire propose de mettre fin à la convention de mise à disposition. »

Les échanges qui ont suivi ont souligné la dimension historique et patrimoniale de cette maison, de son importance comme site touristique et surtout comme lieu d’exposition qui a peu d’équivalent à l’échelle du pays d’Ancenis. Il reste que « l’achat du bâtiment et les travaux sont trop importants pour la Commune ». 

Un don contre une stèle en l’honneur de Bonchamps

La relation avec le propriétaire des lieux a bien sûr été abordée par plusieurs conseillers municipaux. D’après l’un d’eux, « il est clair que la position du Souvenir Vendéen est de vendre la maison », ce qui a été démenti par le président de l’association, Olivier du Boucheron (2). En revanche, il a été rappelé qu’un don du bâtiment à la commune avait été proposé il y a quelques années, en échange de la construction d’une stèle en l’honneur du général Bonchamps, la maire se demandant du reste pourquoi ce don « n’a jamais été évoqué lors du précédent mandat, et encore moins réalisé alors que l’occasion s’y prêtait ». 

Après délibération, le conseil municipal a décidé de dénoncer la convention de mise à disposition de la « Maison Bonchamps » et de proposer au Souvenir Vendéen une nouvelle convention d’un an permettant à la commune de trouver une solution d’exposition et de stockage pour l’association Meilleraie Animation

Dans ces conditions, que va devenir cette maison si elle n’est plus ouverte au public ? Olivier du Boucheron pose la question : « Nous devons réfléchir sous quelle forme réaliser ces investissements. » Le loyer de 905 € ne permettant pas de couvrir les travaux de mise aux normes, faudra-t-il faire appel à un financement participatif ou demander des subventions ? Cette bâtisse, aussi modeste qu’elle puisse paraître, n’en demeure pas moins un monument historique. 

Que venait faire Bonchamps dans cette maison de pêcheur ?

Rappelons sommairement les faits. Le 18 octobre 1793, 5.000 soldats et officiers républicains menés sous la garde de Cesbron d’Argonne sont enfermés dans l’abbaye de Saint-Florent-le-Vieil. Ils ont été évacués de Beaupréau dans le sillage de l’armée vendéenne battue la veille à Cholet. Nous sommes là au matin du 18, la ville est encombrée de tous ceux qui fuient l’avancée des Bleus. Les esprits s’échauffent. Que faire de ces prisonniers ? On ne peut les emmener sur l’autre rive, ni les renvoyer à l’ennemi. Cesbron d’Argonne et d’autres chefs exigent leur exécution. On braque déjà sur eux les canons chargés à mitraille, quand Bonchamps apprend la nouvelle.

Le général vendéen, grièvement blessé le 17 à Cholet, est à l’article de la mort (3). Il trouve cependant la force de donner un dernier ordre à d’Autichamp qui court le transmettre : « Grâce aux prisonniers ! Bonchamps le veut ! Bonchamps l’ordonne ! » Immédiatement libérés, les prisonniers républicains vont rejoindre leur armée sur la route de Beaupréau.
   

Plaque BonchampsLa maison où Bonchamps gracia les 5.000 prisonniers républicains
(13 Grande rue, à Saint-Florent-le-Vieil)

   

Dans l’après-midi, tandis qu’une marée humaine se presse sur la rive pour franchir la Loire, Bonchamps est emporté sur la barque de René Bellion. Il est débarqué sur la berge du village de la Meilleraie et déposé dans la maison de Jean Bellion, le frère de René, pêcheur lui aussi. Il s’y éteint un peu avant minuit, après s’être assuré que son ordre a été respecté (4).

Jean Bellion (1770-1851) combattait dans les compagnies bretonnes au sein de l’armée de Bonchamps, dans la compagnie de René Gourdon, sous les ordres de Guillaume Plouzin dit le Lion. Il prit part à de nombreuses batailles, Martigné, Chantonnay, Fontenay-le-Comte, Saumur, Doué, Nantes, Thouars, Cholet, etc., sans oublier celles de la Virée de Galerne (5). Son frère René (1767-1834) a suivi le même parcours (6).

Partiellement incendiée en avril 1793, la maison de Jean Bellion a subi quelques transformations lors de sa reconstruction, son toit ayant été rehaussé pour agrandir le grenier en chambre. Elle a toutefois conservé son aspect général avec son escalier extérieur massif.

Il y faut ajouter un second intérêt historique. En 1825, David d’Angers visita la maison Bellion, à l’époque où l’on mettait en place la statue et le tombeau de Bonchamps qu’il avait sculptés. Saisi par les souvenirs que renfermaient ces murs, il voulut qu’on plaçât une inscription sur une plaque de marbre blanc. Elle fut au-dessus de la porte d’entrée, afin de perpétuer cet événement : « Bonchamps expira ici le 18 octobre 1793 ». On ne saurait délaisser un tel lieu de mémoire.
   

Plaque 1825La plaque de David d'Angers sur la maison Bellion
   


Notes :

  1. La maison a été achetée pour la sauver de la ruine par Jean Lauprêtre, président du Souvenir Vendéen de 1966 à 1977 (Revue du Souvenir Vendéen n°164, octobre 1988, p. 36). 
  2. Ouest-France, Pays d’Ancenis. Que va devenir la Maison Bonchamps ? 3 juin 2022. 
  3. Il se trouve à ce moment dans la maison située au n°13 de la Grande rue, comme l’indique la grande plaque de bronze posée sur la façade. 
  4. La pièce de la maison dans laquelle Bonchamps expira a soulevé un débat entre spécialistes. La tradition rapporte que cela eut lieu dans le petit espace sous l’escalier extérieur, un endroit qui semble trop exigu pour contenir le général vendéen sur son brancard, entouré de plusieurs personnes. D’autres pensent que Bonchamps mourut à l’intérieur de la maison Bellion. Pour y voir plus clair, je renvoie à la confrontation des deux versions dans l’article de Pierre Leroy, Où Bonchamps a-t-il poussé son dernier soupir ? Revue du Souvenir Vendéen n°253 (décembre 2010), pp. 8-15.
  5. Pierre Leroy, Une semaine dramatique (14-20 octobre 1793)Revue du Souvenir Vendéen n°235 (juin 2006), p. 31, note 18.
  6. Revue du Souvenir Vendéen n°234 (mars 2006), 2e de couverture.