Des ossements humains ont été retrouvés vendredi dernier dans une cave de l’avenue du Lavoir, à Nantes. Plus anciens que l’immeuble lui-même, ils pourraient provenir d’un charnier de l’époque révolutionnaire. 

Souvenir Vendeen - Avenue du LavoirLa plaque posée par le Souvenir Vendéen en 1997 au bout de l'avenue du Lavoir, en mémoire des victimes de la Révolution inhumées dans « la fosse du chemin de Rennes »
   

Cette découverte a été relatée par Presse Océan dans son édition du 6 décembre 2022. À l’occasion de travaux de réfection des caves d’un bâtiment situé au n°5 de l’avenue du Lavoir, qui n’est en fait qu’une simple impasse ouvrant sur la rue Paul Bellamy, dans le quartier Hauts-Pavés-Saint-Félix, un maçon a mis au jour des ossements humains, principalement un crâne et des vertèbres. Aussitôt alertée, la police a bouclé le périmètre et fait venir un anthropologue qui a établi que ces restes datent d’avant la construction de l’immeuble au XIXe siècle, ajoutant qu’ « un autre squelette avait d’ailleurs été retrouvé dans l’immeuble qui jouxte le bâtiment ».

Le charnier de la rue Coste et Lebrix

À dire vrai, cela n’est guère étonnant quand on connaît l’histoire du quartier. Un charnier bien plus important avait déjà été exhumé en octobre 1981 lors d’un chantier de terrassement dans la rue Coste et Lebrix, toute proche de l’avenue du Lavoir. L’endroit se situe sur une ancienne carrière qui bordait autrefois le chemin de Rennes, et dans laquelle furent jetés les corps des victimes de la guillotine et des fusillades pendant la Révolution, les cimetières de Miséricorde et de la Bouteillerie ne pouvant suffire à accueillir autant de morts. Le charnier recevait également les victimes des épidémies qui sévissaient dans les prisons de Nantes. Les squelettes qui y reposaient étaient disposés sur quatre couches séparées par de la chaux et représentaient plusieurs milliers de personnes. Le corps du général vendéen Charette, fusillé sur la place des Agriculteurs (actuelle place Viarmes) le 29 mars 1796, y fut déposé lui aussi.

Informé de cette nouvelle le 13 octobre 1981, Jean Lagniau, alors président de l’association du Souvenir Vendéen, écrivit au maire de Nantes pour lui demander quelles mesures de conservation il comptait prendre dans un premier temps, et ce qui pouvait être envisagé pour la conservation des restes. Les autorités civiles et religieuses firent savoir qu’elles avaient pris contact entre elles pour assurer la sauvegarde et la réinhumation de tous ces ossements (1). 

S’ils furent bien « réinhumés », leur sauvegarde laissa cependant à désirer. On apprend en effet dans le compte rendu de l'inauguration de la plaque du Souvenir Vendéen, le dimanche 23 février 1997, en mémoire des victimes enterrées dans ce grand charnier de la rue Costes-et-Le-Brix, que tout le monde pouvait venir y fouiller et que des étudiants en médecine passaient pour y chercher des ossements. Le médecin général Carré et Jean Pageot, représentants nantais du Souvenir Vendéen, firent des démarches pour que ces restes humains soient transférés au cimetière Parc. Mais il en restait encore dans les déblais qui furent dispersés en différents endroits, notamment pour faire des terrassements à la Faculté des Sciences, boulevard Michelet (2).

Notons que cette plaque du Souvenir Vendéen fut posée au bout de l’avenue du Lavoir, à quelques pas de l’immeuble où ce squelette antérieur aux constructions a été découvert vendredi. D’après Presse Océan, le Parquet de Nantes indique que ce corps « aura droit à sa sépulture ». On aurait aimé qu’une étude scientifique nous en apprenne davantage sur ces ossements avant de les enfouir à jamais.

Merci à Philippe pour le signalement !
   


Notes :

  1. Revue du Souvenir Vendéen n°136 (octobre 1981), pp. 52-53.
  2. Revue du Souvenir Vendéen n°201 (décembre 1997), pp. 41-45.