Les communes vendéennes restées dans le giron républicain adoptèrent, pour certaines d’entre elles, le nom de « département Vengé » au lieu de la Vendée au cours de l’été 1794. Certaines firent exception, et même un zèle étonnant, comme La Chapelle-Thémer. 

Departement VengeLa Vendée devenue le « département Vengé » sur une carte d'époque révolutionnaire
   

Le 18 brumaire an II (8 novembre 1793), la Convention nationale vota, sur la proposition du représentant Merlin de Thionville, un « décret relatif au ci-devant département appelé la Vendée, lequel se nommera désormais le département Vengé » (article Ier). Le texte prévoyait d’autre part de confisquer tous les biens des rebelles pour les distribuer aux patriotes locaux (article IV), mais aussi aux réfugiés républicains venus des frontières de l’Est (article V) et aux familles pauvres, que les autres départements étaient invités à envoyer en Vendée pour y recevoir une propriété (article VI).

On pourrait penser que l’article premier de ce décret fut appliqué localement quelque temps après, au moins dans les communes vendéennes qui étaient demeurées en dehors de l’insurrection et dans lesquelles les municipalités avaient maintenu leurs activités, notamment la tenue de l’état civil. Or les registres des naissances, mariages et décès ne font apparaître le nom de « département Vengé » qu’à l’été 1794, généralement en messidor et thermidor (juillet-août) de l’an II, plus rarement depuis floréal et prairial (mai-juin). 

Il est cependant une commune qui fait exception, La Chapelle-Thémer, fief républicain situé à l’est de Sainte-Hermine, entre Chantonnay et Fontenay-le-Comte. Si le registre des naissances ne mentionne que le « département de la Vendée », celui des mariages adopte le « département vangé » du 16 prairial au 25 messidor de l’an II (1). Rien d’original, me direz-vous : à Charzais par exemple, on trouve le « département vange cy devant vandée » dans les naissances, le « département Le vengé » dans les mariages, mais le « département de la Vendée » dans les décès, même en fructidor (2). 
   

AM 13 frimaire an IIILe dernier acte d'état civil de La Chapelle-Thémer portant la mention de « département Vengé » le 3 décembre 1794 (A.D. 85, Mariages 1793-an IV, an IX)
   

Le plus surprenant à La Chapelle-Thémer vient du registre des décès. Après une interruption en mars 1793 (le dernier acte date du 3), où l’on comprend que l’insurrection a dû faire fuir la municipalité patriote comme tant d’autres situées au sud du Bocage, la tenue de l’état civil reprend dès le 20 juin avec la mention du « département vangé » pour tous les actes qui suivent… alors que le décret de Merlin de Thionville date du 8 novembre 1793 ! Il ne s’agit pas là de la prémonition d’un officier municipal. Selon toute vraisemblance, ces actes de décès ont été enregistrés a posteriori, comme on le fera plus tard sous le Directoire, et plus systématiquement encore sous le Consulat quand il faudra rétablir l’état civil dans les communes dévastées par la guerre civile. Tous les actes inscrits dans le registre des décès de La Chapelle-Thémer mentionnent donc le « département vangé » du 20 juin 1793 au 15 vendémiaire an III (6 octobre 1794) (3), soit la plus longue période où cette appellation révolutionnaire fut employée dans une commune vendéenne (4).
   


Notes :

  1. Du 4 juin au 13 juillet 1794. Archives de la Vendée, état civil de La Chapelle-Thémer, Mariages 1793-an VI, an IX, vues 5-12/60. À noter tout de même un acte supplémentaire inscrit au 13 frimaire an III, soit le 3 décembre 1794 (vue 16), où le nom de « département Vengé » réapparaît bien au-delà de la chronologie habituelle. 
  2. Archives de la Vendée, état civil de Charzais, Naissances 1793-an X, vue 7/72 ; mariages 1793-an VI, vue 13/36.
  3. Archives de la Vendée, état civil de La Chapelle-Thémer, Décès 1793-an IX, vues 3-15/50. Un décès du 10 août 1793 a été noté après celui du 3 mars et avant cette suite d’actes mentionnant le « département vangé » à partir du 20 juin. 
  4. Les actes sont signés par Jean-Alexis Graslepois, officier municipal, mais leur rédaction n’est pas toujours de la même plume.